L’HISTOIRE
DU LÉVRIER ÉCOSSAIS

extraits d’un texte paru dans « Mon Chien, mon ami »

 

Le deerhound (ou Scottish deerhound) est un chien à daim – si l’on traduit littéralement en français le nom du lévrier écossais. C’est dire qu’il a derrière lui un long et grand passé de noble chasseur dont le caractère, aussi rude que son poil (on l’appelle à l’occasion Rough Greyhound), faisait merveille sur les sauvages étendues des Highlands.

 

Avant l’ère chrétienne

Son arbre généalogique est impressionnant, puisqu’il prend ses racines avant l’ère chrétienne : ses ancêtres étaient d’immenses chiens hirsutes qui accompagnaient les populations celtiques dont les vagues successives se répandirent sur l’Écosse et l’Irlande, entre les Ve et IIe siècles avant J.-C.
(…)

Au Moyen Âge

Ces chiens étaient très réputés : ils représentaient la branche la plus impressionnante de la famille des lévriers. (…) On sélectionnait d’immenses et robustes chiens utilisés pour la chasse du lièvre, du sanglier et du loup. Ces chiens étaient redoutables puisque le roi Canut, à seule fin de restreindre les prélèvements de daims, interdit en 1016 la possession d’un deerhound à ceux qui n’étaient pas nobles. Plus tard, il fallut même exhiber un titre de Comte si l’on voulait avoir le droit d’en posséder un !

Ces chiens d’exception étaient, du coup, très recherchés dans toute l’Europe, et considérés comme d’inestimables cadeaux. En France, on les disait originaires de Bretagne (c’est-à-dire d’Angleterre et d’Irlande).


Au XVIIIe siècle

Par la suite, et jusqu’au début du XVIIIe siècle, on les fit venir d’Écosse, d’Irlande et même de Tartarie, quand ils se firent rares en Europe.

Malheureusement, le gros gibier finit par se raréfier : les Highlands, initialement recouvertes d’un épais manteau de forêts, se trouvaient déjà bien dénudées au XVIIIe siècle : les brebis « face noire » étaient devenues beaucoup plus nombreuses que les daims dans les Landes.

 

En 1769, un historien, Peinant, note que le deerhound se fait rare dans l’est de l’Écosse, en raison des défrichements et de l’emprise des surfaces cultivées.

(…) On sait que les luttes incessantes et sanglantes entre clans devaient finir par provoquer l’effondrement du système politique, après Culloden (1746). Le deerhound, lié à la noblesse ne pouvait qu’en souffrir.

Enfin, le développement en France et en Angleterre de la chasse à courre provoqua le déclin de l’utilisation des grands lévriers, lesquels restèrent alors confinés en Irlande et en Écosse (il était difficile, jusqu’au XIXe siècle, de distinguer lévrier d’Irlande et d’Écosse). Mais, même dans ces pays où l’on restait fidèle aux traditions séculaires, la raréfaction des cerfs et des daims (l’élan ayant été exterminé depuis longtemps) puis la disparition du loup menacèrent d’extinction les grands chiens.

 

AU XIXe siècle

Ils furent sauvés par M. Duncan McNeil, plus connu sous le titre de Lord Colonsay. Grâce à un élevage rigoureux, commencé vers 1820 et poursuivi pendant 50 ans - le fils du lord, Archibald McNeil, reprenant le flambeau – la race fut rétablie dans son intégrité, mais en moindre nombre bien sûr qu’à la grande époque. Cette période de l’histoire du deerhound est justement et respectueusement nommée « la renaissance de Colonsay ».

Des personnalités éminentes de l’époque victorienne assurèrent ensuite à la race une certaine célébrité, à défaut d’un grand développement quantitatif. Il y eut en toute première ligne Sir Walter Scott qui évoqua en de nombreuses occasions son chien Maida, le qualifiant de staghound, chasseur de cerf. Il le décrivait comme tenant autant du loup que du lévrier ; il était de si grande de taille que le romancier le faisait manger dans une assiette à table. (…)

Le deerhound eut un autre célèbre supporter en la personne de la reine Victoria elle-même, qui mit d’ailleurs plusieurs races au premier plan de l’actualité, tant était grande sa passion

 

 pour la gent canine. La souveraine, séduite par le lévrier écossais, demanda à Sir Edwin Landseer de lui en faire le portrait. Le fameux peintre animalier connaissait fort bien cette belle race car il fut plusieurs fois invité par les lairds écossais à assister à des chasses avec des deerhounds. Il nous a donc laissé un célèbre tableau, où un majestueux deerhound fixe les horizons embrumés des Highlands, prêt à s’élancer sur sa proie, sous les regards mélancoliques de trois grands chiens courants, tandis qu’un petit terrier écossais blanc n’a rien remarqué, vu sa courte taille. (…)

Fort de si prestigieux parrainages, le deerhound obtint d’être très officiellement intégré dans l’aristocratie canine : un club du Scottish deerhound fut fondé en 1891, et, 1892, il rédigea le premier standard de la race.


XXe siècle

Le standard de race fut enregistré par le Kennel Club en 1901 et révisé en 1970. L’élevage du deerhound connut, comme celui de toutes les grandes races, des heures bien sombres lors des deux guerres mondiales. Mais, à chaque fois, il se trouva de fervents amateurs qui mirent en jeu toute leur énergie pour qu’ils franchissent ces tourmentes.

 

 

Source : Encyclopédie "Mon chien mon ami",
Editions Atlas, publié avec la collaboration de la SCC, vol. 3 - Dépôt légal mai 1992.

 

 

Huile sur toile de Landseer (1802-1873) : "Highlands dog"  avec un deerhound, compagné d'autres chiens, scrutant l'horizon.

 

 

Scottish Deerhounds pour les bleus