LA CHASSE

  • À BÂTONS ROMPUS AVEC KENNETH CASSELS

    article paru dans Presse de Deers n° 13 et 14 (2007)

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  • Charlie Gordon et son deerhound Spey of the Foothills

    article paru dans Presse de Deers n° 13 (2007

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  • Henry Hope Crealock (Deer Stalking in the Highlands of Scotland)

    Cet article est extrait du dernier numéro de Presse de Deers (n° 37 et 38 - 2015) et a été traduit par Mme Vinen.

     

    Henry Hope Crealock (1831-1891) fut militaire de carrière dans l’armée britannique mais il avait aussi d’autres cordes à son arc : peintre, dessinateur, écrivain . Il était aussi passionné par la chasse au cerf à l’ancienne au point de devenir une autorité dans la matière, au temps de la reine Victoria.

    Son père était notaire à Londres et l’enfant Henry manifesta très tôt un intérêt pour l’art du portrait.

    Le père, qui avait de l’ambition pour ses fils, paya pour que deux d’entre eux, Henry et John, entrent dans l’armée. Henry rejoignit le 90e Régiment en 1848, épousa Julia Hatfield l’année suivante et vers 1854 avait déjà servi en Crimée avec le grade de lieutenant capitaine et adjudant de régiment. Après avoir participé au siège de Sébastopol, il fut décoré de la Croix de Guerre de Crimée, de la Médaille Turque et de celle de la Medjidieh de 5e Ordre. Par la suite, il servit en Chine dans l’Expédition Punitive menée par les anglais puis il fit la Campagne Indienne et se blessa en combattant les Zoulous en Afrique du Sud. Il prit sa retraite de l’armée avec le grade de Lieutenant Général et mourut à l’âge de 60 ans à Londres, dans sa maison de Belgravia.

    Crealock commença à se rendre en Écosse et à chasser le cerf vers 1865 ; il en devint vite féru et dès que ses devoirs militaires lui laissaient des loisirs, il courait en Écosse poursuivre le cerf dans les grandes forêts qu’il lui arrivait de louer. Il aimait à faire des esquisses et des dessins pris sur le vif des chasses auxquelles il participait ; il agissait de même lors de ses campagnes militaires rapportant des croquis de la vie militaire dans les lieux où l’armée britannique intervenait. Ses illustrations sur la chasse au cerf ont souvent été comparées à celles de Landseer, l’humour en plus, mettant à mal les « gentlemen chasseurs ».

    Il avait appris à connaître et à apprécier hautement le travail des gillies et il en parle souvent dans ses écrits.

     

    À l’époque victorienne, les chasses se déroulaient souvent à un rythme tranquille ce qui permettait à des artistes comme Crealock et Landseer d’illustrer les registres de chasse de leurs hôtes et d’immortaliser la journée de chasse par des esquisses pendant qu’ils l’avait encore en mémoire.

    Dans bon nombre de dessins de Crealock les cerfs sont grands et ils portent une ramure impressionnante ; ceci est peut-être exagéré ou constitue une licence que s’accorde l’artiste mais peut aussi être révélateur de la qualité des cerfs des années 1860-1870.

    Crealock remarque qu’à la fin du XVIIIe siècle, peu d’anglais connaissaient et pratiquaient la chasse au cerf rouge en Écosse, ce sport était inconnu de tous sauf des Écossais vivant sur place.

    Cependant, vers le milieu du XIXe siècle, la situation avait changé et dès qu’un homme amassait une petite fortune, un de ses premiers souhaits était d’acheter ou louer une forêt habitée par les cerfs dans les hautes terres d’Écosse.

    Crealock pensait qu’à cause de la compétition que se faisaient les riches entre eux, le prix et les loyers des forêts avaient augmenté significativement et bien qu’il reconnût que la popularité de ce sport amenait de l’argent, des emplois et l’installation de nouvelles gens dans les montagnes, il constatait aussi que la mauvaise gestion des domaines avait abouti à la reproduction anarchique des cerfs et à la diminution de la taille des grands cerfs rouges.

     

    UN PEU D’HISTOIRE

    Au XVIe et XVIIe siècles, l’Écosse était couverte de vastes étendues de forêts où les cerfs, pendant la période du rut parcouraient de grandes distances pour se reproduire et l’influx de sang nouveau qui en résultait contribuait à la bonne santé et la prolificité du troupeau.

    À la fin du XVIIe siècle et début du XVIIIe, la destruction des forêts au profit de l’élevage de moutons, la spéculation sur les fermes, la prolifération des voies de chemin de fer, l’installation de clôtures, la création de comtés et de nouveaux districts contribuèrent à la raréfaction des populations de cervidés et à la diminution de la taille des individus.

    Avant l’arrivée des moutons avec leurs bergers et leurs chiens, avant l’installation des enclos et avant que le rail ne sillonne le pays, les cerfs étaient libres d’aller où bon leur semblait. Lorsque cette période heureuse prit fin, les cerfs n’atteignirent pour ainsi dire plus jamais leur maturité ou leur stature d’antan.

     

    LA CHASSE A PIED

    Crealock aimait vraiment la chasse à pied, tout spécialement dans les domaines où la gestion des cerfs était encore pratiquée à l’ancienne. Il écrivait que, dans le temps, on amenait plusieurs paires de très bons chiens galopeurs et que chaque paire était confiée à un homme avec un fusil de façon à parer à toute éventualité ; ceci demandait la présence d’une main-d’œuvre nombreuse, bien entraînée et qui revenait cher. Hélas, à la fin des années 1880, il s’est rendu compte que les hommes qu’on envoyait avec les chiens ne connaissaient rien, ni à la chasse, ni au travail qu’ils étaient censés accomplir. Il ajoutait qu’il avait été heureux de connaître le temps où l’on chassait avec des deerhounds et que les hommes qui s’en occupaient savaient comment et quand les utiliser.

    Crealock écrivait que les opinions divergeaient sur le choix des chiens à utiliser pour le cerf : galopeurs ou pisteurs. Il trouvait que les deerhounds convenaient parfaitement à la poursuite du cerf sur certains types de terrains mais pas sur d’autres car ils étaient susceptibles de se blesser. Il pensait que sur les terrains très rocailleux ou trop pentus il ne fallait absolument pas les lâcher car emportés par leur ardeur, ils risquaient de se casser le cou, les membres…

    Pour lui, dans de vastes contrées comme Achnacarry ou certaines parties de Glen Quoich et Clunie, là où les chiens étaient utilisés avec discernement par des hommes connaissant leur affaire, rien de mal ne pouvait leur arriver.

    Quand il chassait, Crealock préférait être accompagné de deerhounds, très utiles pour arrêter la course d’un cerf blessé et l’empêcher de se réfugier dans les bois. Crealock avait constaté que quand on lâchait un deerhound sur un cerf, deux choses pouvaient arriver : soit que le chien rattrape le cerf et le maintienne aux abois jusqu’à ce que les chasseurs arrivent pour le finir, soit qu’il tue ou malmène le cerf et retourne à l’endroit où il avait été lâché et reste là. Pour Crealock, le deerhound n’est pas un « chien sûr » car il aurait tendance à abandonner un cerf blessé pour retourner auprès de son maître si celui-ci n’arrive pas sur les lieux assez vite et il conclut en disant que si un chien se comporte de cette façon c’est parce qu’il a été trop entraîné à se laisser guider.

    Crealock affirmait que si on voulait chasser avec des deerhounds dans les forêts giboyeuses, il fallait absolument des hommes solidement entraînés à ce genre de travail. Le gillie en charge des chiens se doit de les connaître et en être connu. Il faut également qu’il ait une connaissance approfondie de la topographie des lieux et savoir où un cerf blessé serait le plus à même d’aller lorsqu’on le perd de vue. Il était d’avis qu’il valait mieux faire travailler ensemble une chienne et un chien plutôt qu’une paire de mâles à cause de la jalousie qui pouvait surgir à tout moment et amener les chiens à se bagarrer.

    Crealock a écrit que les deerhounds, malgré toute l’ardeur et la ténacité qu’ils déploient, restent des chiens délicats, sensibles au froid et à l’humidité. Il conseille de les faire dormir dans des locaux à bonne température, lumineux et secs. Le sol ne doit pas être de la terre battue gorgée d’humidité. Après une dure journée à courir le cerf, il faudrait leur prodiguer des soins adéquats, à savoir un bon coup d’étrille, un repas nourrissant chaud, leur aménager une confortable couche chaude et si possible leur permettre de se sécher devant un feu ouvert afin qu’ils ne soient pas trop ankylosés, endoloris et bons à rien pour la chasse du lendemain.

     

    CURLY

    Dans son livre « Deerstalking in the Scottish Highlands » Crealock consacre beaucoup de pages à certaines chasses spécifiques ainsi qu’aux domaines où se déroulaient ces chasses, aux gillies et aux deerhounds. Il déclare que le meilleur « homme à chien » qu’il ait vu fut sans conteste le beau John Mac Donald de Balmacaan connu sous le petit nom de « Curly”. Ce monsieur entraînait les magnifiques deerhounds de Lord Seafield sur des territoires qui leur convenaient à merveille. Un autre grand entraîneur fut Alan MacLaren de Achnacarry, Messieurs Henderson, Chisholm et les hommes de Glenfishie étaient tous aussi de première stature.

     

    Les deerhounds de Lochiel,

    Lorsque Crealock se rendit à Achnacarry pour la première fois c’était vers 1865 ; là, il découvrit les deerhounds de Lochiel, le chef des Camérons. Il trouva ces chiens absolument superbes surtout « PIRATE », le plus beau de tous ainsi que son frère de portée nommé « TOROM ». Or, il semble que Torom était trop grand pour travailler sur les fortes pentes et les mauvais terrains et fut vendu très cher en Angleterre où il remporta beaucoup de prix.

    En revanche, PIRATE, lui, convenait parfaitement à la poursuite du cerf. Il était puissant et vif, portait une robe gris bringé foncé bien fournie en poils ayant la texture du fil de fer. Il pouvait terrasser un cerf à lui tout seul ; Henry l’a même vu une fois attraper un cerf blessé par une patte avant, le faire tomber et lui briser l’énorme mâchoire. Il saillit une chienne appartenant à Lord Seafield et sa progéniture fut presque aussi célèbre que lui-même.

    FERACHA et HECTOR, les deux meilleurs chiens de la portée posèrent pour Crealock et leurs portraits décoraient les murs de la salle à manger à Balmacaan. PIRATE n’eut pas un destin heureux : un jour qu’il suivait John Macdonald dans la prairie, il se blessa profondément sur une faux restée ouverte dans l’herbe et ne se rétablit jamais suffisamment pour continuer à courir le cerf.

    Selon l’auteur, Lochiel avait l’une des meilleures meutes de deerhounds d’Écosse mais vers 1890 bien que sa lignée fût encore là, le nombre de chiens avait diminué à cause des ravages de la maladie de Carré et pour diverses autres raisons.

     

    Les deerhounds à Balmacaan

    Henry trouvait que les deerhounds à Balmacaan étaient d’une beauté exceptionnelle et que le pays aux alentours correspondait bien à leur utilisation. Lord Seafield aimait à chasser avec eux et en prenait grand soin. Un de ses chiens les plus prisés, nommé FINGAL, n’avait pas beaucoup de taille mais était remarquablement intelligent et vif. Il en avait deux autres connus sous le nom de GLEN 1 et GLEN 2, ils avoisinaient la classe de FINGAL et un autre très gros appelé THOR. Il y avait aussi à Balmacaan, Peogh Glen Feshie et Divoch, deux fameux lurchers croisés de colley et de deerhound ; tous les deux étaient jaunes avec un poil un tantinet plus court que celui d’un deerhound. Ils étaient très rapides, courageux et bons pisteurs.

    Crealock mentionnait qu’à Glen Feshie, du temps de feu M. Horsman M. P, il y avait également de très bons deerhounds. M. Horsman était un homme de la vieille école et avait une connaissance totale de la pratique de ce sport.

    L’auteur parle ensuite d’une lignée bien connue de deerhounds : celle de Lord Henry Bentick qui était lui-même un chasseur hors pair. Un autre chasseur passionné, le comte de Zetland eut la chance de posséder un des derniers représentants de la lignée Bentick.

    Il y eut aussi de beaux et bons spécimens chez Sir Dudley Marjorybank, futur Lord Tweedmouth à Guisachan.

    Crealock apprit que ces chiens faisaient exception à la règle car ils chassaient non seulement à vue mais étaient aussi des chiens de sang, capables de tracer un cerf blessé.

    À les voir, on les aurait pris pour des deerhounds de pure souche mais, leur ambivalence dans la façon de chasser donnait à penser que par le passé, il y avait eu des croisements avec d’autres races.


    Des croisés Deerhound/collie

    Henry avait côtoyé un certain nombre de croisés Deerhound/collie et invariablement c’est le côté deerhound qui prédominait avec une nuance toutefois, la couleur du poil tirant vers le jaune. Ces spécimens issus de croisements ressemblaient à une lignée fameuse qui avait existé chez les Grants de Invermoriston, une branche des Grant de Balmacaan.

    À Invermoriston Lodge, Crealock découvrit une peinture représentant ces chiens : ils étaient très grands, très hirsutes, extrêmement puissants et de couleur jaune.

    Les Grants les tenaient en grande estime ; un des deerhounds issu de cette lignée était la propriété de Lady Amory et selon Crealock, un des plus beaux chiens qu’il lui ait été donné de voir.

     

    Pendant plus de vingt ans, Henry Hope Crealock s’est appliqué à décrire par le menu les chasses auxquelles il avait participé ; il les illustrait d’esquisses et de dessins pris sur le vif avec la ferme intention de les publier dans un grand volume. Malheureusement il est mort en 1891 avant d’avoir terminé le livre. Heureusement pour nous, son frère, le Major John North Crealock entreprit l’ordonnance des textes et des dessins et publia le livre « Deer Stalking in the Highlands of Scotland » un an après la mort de son frère.

    Si vous avez la chance de parcourir ce volume, vous tomberez sur des récits de chasse très détaillés et quelques-unes des plus belles illustrations sur la chasse au cerf à pied.

     

    Sandy Mac Allister

     

    Le livre dans sa version originale

    https://books.google.fr/books?id=TudLAAAAMAAJ&dq=deerhound&hl=fr&pg=PR3#v=onepage&q=deerhound&f=true

     

     

     

     

  • LODGE PARK

    article paru dans Presse de Deers, n° 7 - 2006

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  • La Chasse au Cerf en Écosse vers 1850

    Article extrait de Presse de Deers n°36/37 - 2015

     

    Publication du Chambers Journal, 19 août 1905

    relatée par Christopher North - soumis par Miss J P Wilson

     

    Récemment en fouillant dans de vieux papiers, je suis tombée sur une lettre datée de 1844 ; je vous en propose de larges extraits qui ne manquent pas d’intérêt.

     

     


    « Le vendredi 8 août à trois heures de l’après-midi, je quittais Edimbourg pour me rendre à Greenock par le train en compagnie de Messieurs Archibald McNeill, Ludovic Colquhoun, d'un domestique et dehuit deerhounds. Le Lord Advocate McNeill (Lord Colonsay), retenu par une cause importante, ne put pas prendre le départ avec nous mais accepta de nous rejoindre à Greenock par le train spécial de nuit.

    À cinq heures, nous étions arrivés à Glasgow. A notre grande consternation, il nous manquait deux deerhounds. Il s’agissait de deux frères de vingt-trois mois sur lesquels on fondait de grands espoirs. Pour l’un d’entre eux, le Lord Avocat avait même refusé une énorme somme de quatre-vingts guinées quelques jours auparavant. Les employés du chemin de fer maintenaient que six chiens seulement étaient montés dans le train ; or nous avions bel et bien payé pour huit et les avons vus être enfermés dans un endroit qui semblait garantir leur sécurité. Il était donc évident que les deux chiens, soit avaient sauté, soit avaient été volés.

    Après concertation, il fut décidé que M. Colquhoun et moi resterions à Glasgow avec les six chiens et que M. Archibald McNeill retournerait à Edimbourg par le train de six heures pour essayer de retrouver les deux autres.

     

    À huit heures du soir, les deux chiens étaient arrivés à Glasgow par le train d’Edimbourg. Ils avaient tous les deux sauté du train, l’un près du village de Costorphine, l’autre près de Gogar. Ils étaient tombés entre de bonnes mains qui nous les ont empaquetés et renvoyés par le premier train, de sorte que M. Archibald McNeill et eux se sont croisés sur la route.

    En arrivant à Edimbourg, M. Archibald McNeill apprit que les deux chiens avaient été retrouvés ; son frère et lui nous ont rejoints à Glasgow un peu après minuit où nous avons dîné, soupé ou pris notre petit-déjeuner, appelez ça comme vous voudrez,  puis chacun s’est retiré pour prendre quelques heures de repos.

    À cinq heures du matin nous embarquâmes sur un vapeur à destination de Lochgilphead ; nous y louâmes une voiture et une carriole pour nous conduire pendant une vingtaine de kilomètres jusqu’à cette partie continentale de l’Argyllshire située juste en face de l’île de Jura. Là, un bateau des McNeill nous attendait et vers huit heures du soir nous étions confortablement attablés à Jura pour le dîner.

    Nous avons mis vingt-neuf heures pour arriver à Jura depuis Edimbourg, presque la moitié du temps s’étant écoulé à Glasgow. Mon premier voyage vers les îles Hébrides m’avait pris presque dix jours, c’était en 1811.

    Nous avons occupé le dimanche à lire dans la maison, l’église se trouvant aussi éloignée de nous que Penny Bridge, mais le lundi s’est passé à entraîner les chiens, à les encourager à plonger dans l’eau et à se chasser l’un l’autre. Ils étaient tous très en forme.

     

    Et maintenant, permettez-moi d’écrire pour la postérité le nom de ces fameux chiens qui nous accompagnaient : Torm, Ossian, Oran, Runa (qui étaient frères et sœur), ils avaient vingt-trois mois ; Borb, quatre ans ; le Vieux Busker, six ans ; Bran, deux ans ; le Jeune Busker, seize mois ; Garig et Farig, les deux frères, quinze mois.

    Les derniers venaient de Colonsay, on nous les avait envoyés. Runa, était considérée comme ayant une grande valeur car elle était la seule femelle de sa race, exception faite de ses deux chiots. Par conséquent, nous avons préféré ne pas la mettre en danger en l’amenant sur le terrain et optâmes de lâcher sur le cerf un chien adulte et deux jeunes ; en même temps nous gardions en réserve un autre vieux chien et deux jeunes au cas où le besoin s’en serait fait sentir.

    Mardi, par temps humide et brumeux, le Lord Advocate, son frère et moi sommes sortis. Vers midi la pluie avait cessé, les nappes de brume s’étaient déplacées vers les sommets des montagnes. En scrutant l’horizon avec de longues-vues, nous aperçûmes un cerf à plus d’un kilomètre.

    Je l’ai tout de suite reconnu, comme si c’était un vieil ami et en tant que tel, j’ai le devoir de dire quelques mots à son sujet, mais pour cela il me faut revenir un peu en arrière dans le temps.

    Au mois d’août de 1842, ce cerf avait été poursuivi par deux tout bons chiens de trois et quatre ans. Le premier de ces chiens l’a immédiatement rattrapé mais il fut si malmené qu’il boite à vie et ne sert plus à rien. L’autre, du nom de Oscar, s’attaqua ensuite au cerf et malheur lui en coûta. Le cerf le laissa raide mort après la première encornade, l’une des pointes des cors lui ayant traversé le cœur. On l’enterra sur place.

    Le mois d’août suivant (1843), le même cerf fut couru mais les chiens ne réussirent pas à l’approcher suffisamment ; l’animal s’était frayé un chemin dans les hautes fougères et des escarpements rocheux qu’il maîtrisait à merveille mais que les chiens ne pouvaient pas franchir. Dix jours plus tard, anxieux de venger la mort du pauvre Oscar, je suis parti à sa poursuite, muni d’un fusil. Après l’avoir poursuivi toute une journée, j’ai pu l’approcher comme je voulais et je l’ai raté avec les deux canons ! Hélas, des obligations ont fait que j’ai dû quitter l’île le lendemain matin.

    Vous pouvez aisément croire que lorsque je l’ai revu le 13 août 1844, j’avais très envie de lui régler son compte. Nous avons divisé nos forces en deux. Archy McNeill avec Borb, deux jeunes chiens et deux hommes grimpèrent vers le cerf tandis que le Lord Advocate et moi, avec le Vieux Busker (le propre frère du décédé Oscar) et deux jeunes chiens nous sommes postés en embuscade entre le cerf et la rivière qui traverse la vallée profonde. Archy fit son approche avec beaucoup d’habileté et lâcha les deux chiens à environ deux cents mètres, mais dès qu’il les eut lâchés, dix à douze cerfs se levèrent de sous un tas de hautes fougères au milieu desquelles ils se reposaient à l’abri des regards attirant l’attention des jeunes chiens. Le cerf se mit à grimper la colline suivi seulement par Borb qui bientôt le rattrapa mais le cerf se secoua et le fit lâcher prise puis changea de direction et se

    mit à descendre la pente.

    Cependant, même pendant la descente (et c’est là qu’un cerf est plus rapide) le chien le rattrapa. Le cerf s’arrêta et lui fit face mais le chien n’arrivait pas à passer sous ses bois pour le saisir à la gorge.

    Cet état de choses se prolongea jusqu’à ce que M. A McNeill commençât à se rapprocher ; il était à une cinquantaine de mètres de la scène lorsque le cerf plongea dans un ravin profond suivi du chien. À ce moment-là, le Lord Advocate et moi avons lâché nos chiens mais nous l’avions à peine fait que le cerf et le chien émergeaient du ravin où, sans doute aucun, ils avaient livré bataille et ils revenaient droit sur nous.

    Busker et un des jeunes chiens ont couru vers Borb mais pas l’autre jeune. Ils descendaient la pente de notre côté, le cerf talonné par Borb à sa gauche ; et à la gauche de Borb, pas loin derrière, le jeune Garig courait sans savoir derrière quoi il courait ; cinquante mètres derrière, le Vieux Busker faisait de son mieux pour les rattraper mais il n’y arrivait pas, le temps et une vie de dur labeur avaient sacrément diminué sa capacité à galoper. Ils sont passés entre l’Advocate et moi, si près que j’aurais pu briser les pattes avant du cerf avec la grosse canne que j’avais dans la main.

    Le cerf était un peu fatigué, les chiens frais, beaucoup plus rapides que le cerf, attendant la bonne opportunité pour se jeter sur lui.

    Celle-ci se présenta juste au moment où le cerf sautait dans la rivière ; le chien, avançant à une vitesse prodigieuse le saisit par le jarret et les deux firent la culbute dans le ruisseau, le cerf se recevant un peu plus bas. La lutte commença, le chien fut écarté d’un coup de pied, le cerf revint sur la terre ferme et se mit à descendre en courant la berge sur une longueur de trente mètres lorsque le chien le percuta et tous les deux furent précipités dans la rivière à un endroit où l’eau trop profonde mettait le chien à mal, bien qu’il continuât de se battre avec courage. À cet instant critique, le Vieux Busker arriva, se jeta sur le cerf et lui régla son compte.

    En l’examinant, on trouva que l’une de mes balles lui avait transpercé l’oreille et que l’autre lui avait cassé trois côtes ; donc, je ne l’avais pas entièrement raté, après tout.

    Après cette chasse qui nous avait été favorable, on se rendit compte qu’il nous manquait le jeune Torm, celui pour lequel le Lord Advocate avait refusé quatre-vingts guinées et nous nous mîmes à sa recherche. On n’a pas mis beaucoup de temps à le trouver : il gisait, pas mal amoché sur la berge du torrent à côté d’un cerf mort. Il l’avait tué sans l’aide de quiconque, chien ou homme. Le Lord Advocate, qui n’est pas connu pour tenir de longs discours hors du tribunal, me dit brièvement : « Si ce chien valait quatre-vingts guinées la semaine dernière, combien peut-il valoir maintenant ? »

    Ce fut la fin de notre première journée de sport car les chiens étaient fatigués ou blessés pour certains et il leur fallait du repos.

     

    Nous quittâmes Jura le jeudi 15 août ; les McNeill sont allés voir leur père à Colonsay, moi je suis parti pour Castleton près de Lochgilp rendre visite à Sir John McNeill qui n’avait pas pu être des nôtres et avons laissé M. Colquhoun profiter du bon air de Jura.

    Sir John et moi avons passé quelques matinées tranquilles à chasser le tétras et (bien que je répugne à le dire), je trouve que j’arrive encore à tirer aussi bien que les autres.

    Après nous être promenés dans l’Argyllshire et avoir passé trois jours sur l’île de Islay avec M. Malcolm McNeill (le frère du lord), nous nous sommes tous retrouvés à Jura, cette fois, Sir J. McNeill était des nôtres.

    Le mardi 27 août eut lieu notre deuxième chasse ; nous avons trouvé deux cerfs, les avons bien poursuivis et tous les deux furent tués. Les cerfs prirent des chemins différents. L’un d’eux fut tué par le Jeune Busker et Bran mais je n’ai pas vu la course. J’ai suivi l’autre course au cours de laquelle Borb et Torm ont tué l'autre cerf.

     

    12 octobre 1844. Je commence là où j'ai laissé hier. Le mercredi 28 août, un cerf qui jadis avait été apprivoisé mais qui était redevenu sauvage et polisson, s’en est pris à la femme du garde-chasse et quelques heures après, au cornemuseur de la famille, un affront qu’on ne pouvait laisser passer. Il fut donc décidé d’attraper l’animal et de lui scier les bois. Le lendemain, comme convenu, nous avons muselé quelques chiens et lui avons donné la chasse, sauf que les chiens, gênés par la muselière qui les empêchait de respirer librement ne purent le rattraper. On dut se résoudre à l’abattre et j’ai demandé à être l’exécuteur.

    Après l’avoir cherché pendant un certain temps, je l’ai vu arriver vers moi, prêt à se battre. Quand il fut à un peu moins de cent mètres, j’ai tiré en visant le milieu du cou. Il s’écroula sur place, mort apparemment ; j’ai tendu ma carabine à l’homme qui avait suivi avec trois jeunes chiens et tournai les talons en direction de la maison.

    L’homme s’approcha du cerf avec les chiens pour qu’ils s’habituent à le voir et les encouragea à mordre dans la chair de l’animal mort. Lorsque les chiens en ont eu assez, le cerf bêla deux ou trois fois, se leva, envoya quelques coups de pied aux chiens, se jeta dans la mer et se mit à nager en direction de la côte d’en face distante de près de dix kilomètres.

    Deux bateaux furent immédiatement lancés à sa poursuite, le rattrapèrent alors qu'on le voyait à peine à l’œil nu du rivage, lui entourèrent les bois avec des cordes et le hissèrent à bord.

    Il n’était pas du tout fatigué et on aurait cru que personne ne lui avait tiré dessus. La pauvre bête me faisait de la peine mais il était si sauvage qu’il fallait absolument le détruire. La balle qui avait été déformé, avait frappé l’os du cou du côté gauche, traversé la partie haute de l’os jusqu’au côté droit du cou et s’était fichée dans le corps à une vingtaine de centimètres derrière l’épaule droite. Quelle drôle d’affaire !

    Le vendredi 30 eut lieu notre troisième chasse. Il était tard, au moins six heures du soir avant qu’on voie quelque chose. Puis nous avons découvert un beau spécimen de cerf mais il se trouvait si près de la cime de la colline que lorsque nous commençâmes la poursuite il gagna le sommet et se mit à la descendre vers la vallée d’en face avant qu’hommes ou chiens, à l’exception de Borb, aient réussi à grimper sur la crête.

    Nous n’avons pas suivi grand-chose de cette poursuite mais il semblerait, à partir des traces de sang et des empreintes de pieds, que Borb ait rattrapé sa proie dans le lit rocheux d’un torrent de montagne où ils l’ont descendu en se battant sur une longueur de trois cents mètres à travers pierres glissantes, rochers, cascades, dans des conditions d’incroyables difficultés.

    Deux jeunes chiens avaient vraisemblablement rejoint Borb et l'avaient aidé à venir à bout du cerf. Les chiens étaient pas mal abîmés et c’est ainsi que nous avons terminé la saison de chasse.

     

    Le lendemain nous sommes tous partis à Castleton où nous sommes restés jusqu’au dimanche puis, dès lundi, avons pris le vapeur pour retourner à Edimbourg.

    La chasse à pied menée de cette façon, est, je pense, le meilleur sport que ce pays puisse offrir et le plus juste pour le gibier. Nous avons tué chaque cerf poursuivi en évitant les biches et les faons, il est invraisemblable de jouir d’autant de chance à chaque fois.

    Un cerf a une bonne chance de s’en tirer face à quatre chiens quand il n’y a pas de fusil. Il est bien pourvu en armes offensives et défensives et son poids est égal à celui de quatre chiens.

     

    Les cerfs de Jura sont plus gros que ceux d’Atholl mais pas aussi gros que certains spécimens du Ross-shire ; cependant leur poids est considérable : 140 kg sur pied. Borb et plusieurs autres chiens pesaient dans les 33 kg chacun. Le plus gros de tous, Torm, pesait environ 37 kg de sorte que les quatre chiens les plus lourds pesaient environ 136 kg, c’est-à-dire près de 4 kg de moins que le cerf et nous n’avons jamais été au-delà de ces poids.

    Comparez ceci avec la différence qui existe entre le poids de deux grey hounds et un lièvre ou celle d’une meute de foxhounds et un renard.

     

    CN

     

Scottish Deerhounds pour les bleus