LA CHASSE

  • LA CHASSE : À BÂTONS ROMPUS AVEC KENNETH CASSELS   - 1re partie

    À bâtons rompus
    avec Kenneth Cassels

    Les deerhounds
    sur le terrain et en expo
    (1re partie)

    article paru dans Presse de Deers n° 13 (2007)
    Interview réalisée par Pip Buswell et publiée dans "The Performance Sighthound Journal" USA

     

     

    Je vais commencer par raconter brièvement comment je suis venu aux deerhounds. Mon père était dans l’armée des Indes - dans les Gurkhas - et pendant tout le temps qu’il est resté en Extrême-Orient, il a eu comme compagnons des terriers car à part les bâtards du coin, c’étaient les seuls que l’on pouvait se procurer facilement. Il adorait aller à la chasse aux rats avec ses terriers et j’y ai pris goût moi aussi sauf que j’étais toujours déçu qu’ils n’arrivassent jamais à attraper un lapin ou un lièvre.

    Quelques années plus tard, en Angleterre, je me trouvais dans le Somerset quand j’ai vu un homme avec un lurcher puis j’ai vu le lurcher sauter une barrière et dès cet instant je me suis épris de lévrier. Toutefois, pendant longtemps je n’ai pas réussi à en avoir un, d’abord parce que j’étais encore un enfant et qu’ensuite, nous étions en guerre.

    Après la guerre, ma femme "B" et moi sommes partis en Écosse et c’est quand j’étais en poste à Inverness que j’ai commencé à avoir des chiens. Mon premier chien fut un terrier de Manchester ; à l’époque cette race était presque éteinte et faillit bien disparaître car à la fin de la guerre il n’en restait plus que 11.

    J’allais en exposition canine avec mon terrier et c’est lors d’une de ces manifestations que j’ai rencontré Marjorie Bell des Enterkine Deerhounds. Encouragé par Marjorie, je me suis mis aux deerhounds – elle me disait qu’ils étaient si faciles à vivre, ce qui est vrai – et je ne les ai plus quittés.

    Pendant la guerre j’avais fait la connaissance de Norah Hartley et elle m’avait invité à Peterborough pour voir ses chiens. Là, j’ai pu admirer Tara of Rotherwood qui n’avait jamais été montrée car pendant les années de guerre les expositions ont cessé. J’ai beaucoup apprécié ses proportions et rien qu’en la regardant, j’ai parié que son tour de poitrine dépassait de 4 pouces sa hauteur au garrot – eh bien, la mesure m’a donné raison !

    Pomona of Ardkinglas fut une autre chienne à qui j’ai trouvé à peu près les mêmes proportions ainsi que Killoeter Ichor appartenant à Seimus Caine.

    Le deerhound moderne est devenu plus grand en taille mais la poitrine n’a pas suivi - ce qui n’est pas une bonne chose !

    Par la suite j’ai voulu inviter miss Hartley à Cambridge où je travaillais alors pour lui montrer mon saluki et nous devions nous y rendre avec ma voiture. Malheureusement ma voiture est tombée en panne sur ce qui était alors la A1 et Miss Hartley se dirigeant d’un pas mal assuré vers un café du bord de la route réussit à trouver quelqu’un pour la ramener chez elle en camion, me laissant me débrouiller tout seul pour rentrer chez moi avec une voiture en panne !

    Mon premier deerhound fut une Enterkine mais malheureusement, elle mourut jeune. Je l’ai remplacée par une Ardkinglas de chez Anastasia Noble. Phyllida of Ardkinglas est née en décembre 1952. On l’a surnommée Kirsty et elle fut ma première grande chienne, c’est avec elle que je me suis mis à chasser et tout a commencé avec des lièvres bleus : un jour que nous nous promenions dans les collines, un lièvre a détalé devant nous. Kirsty l’a regardé, hésita une fraction de seconde se demandant ce que c’était puis décida qu’il fallait qu’elle l’attrape et elle l’attrapa. Dès lors elle ramena beaucoup de lièvres car Kirsty était une chienne qui rapportait à son maître, ce qui est bien pratique.

     

    Un tableau de chasse impressionnant

    Son tableau de chasse se monta à :

    - 124 lièvres bleus

    - 11 chevrettes

    - 2 cerfs japonais

    - 8 cerfs rouges

    Tout ceci a eu lieu avant que la loi sur le cerf rouge (Red Deer Act) n’interdise en Écosse la capture du cerf avec un chien à moins que l’animal ne soit blessé.

    Je l’ai fait reproduire une fois ; elle fut saillie par le champion Ardkinglas Ruari of Portsonachan et en avril 1955 naissait Ulric of Ardkinglas, un chiot mâle, laineux pas possible mais que Miss Noble aimait beaucoup et qu’elle a utilisé à plusieurs reprises. Ulric fut le géniteur, entre autres de la fameuse championne Aurora of Ardkinglas, et c’est ainsi que la lignée de Kirsty est encore présente aujourd’hui à travers le monde. Ma chienne avait le caractère typique des deerhounds comme je pense qu’il doit être. Hélas, à l’heure actuelle, ce caractère s’en trouve peut-être un peu modifié. Je n’aime pas les chiens qui ont du mordant, j’aime les chiens amicaux, toujours prêts à vous accueillir gentiment comme le font les deerhounds. Notre Kirsty, sous cette douce apparence avait une trempe d’acier que l’on pouvait percevoir si on s’en donnait la peine ; d’ailleurs, pour faire son travail, le deerhound a besoin de brûler d’un feu intérieur.

    Je me rappelle encore très bien la fois où Kirsty se trouvait dans la partie du jardin derrière la maison au moment où on nous apportait du charbon. Le livreur avec son grand sac plein se dirigeait vers la remise située non loin du chenil où Kirsty gardait son unique et précieux chiot. Grâce à Dieu j’étais là lorsqu’elle l’aperçut, car rapide comme l’éclair elle traversa l’espace pour lui régler son compte ; le pauvre homme eut juste le temps de laisser tomber son sac et courir se réfugier dans la remise en fermant la porte derrière lui.

    Je réussis à placer Kirsty chez un chasseur de la Côte Ouest car je voulais qu’elle ait la chance de faire ce pourquoi elle était

    faite – d’ailleurs je relate dans mon livre un épisode de chasse au cerf rouge avec Kirsty et j’allais la rejoindre quand je le pouvais. En même temps, je m’étais mis à penser comment on pourrait organiser des coursings avec des deerhounds et heureusement j’ai réussi à établir des contacts utiles en particulier avec Charlie Gordon dont je parle dans mon livre. C’est à travers lui que j’ai pu rencontrer le comte de Moray. Lord Moray se montra très accueillant et enthousiaste et il fut arrangé que nous pourrions commencer à courir le lièvre et le cerf sur la lande de Dava (Dava Moor) ; d’ailleurs il était là avec son régisseur quand eut lieu la première réunion.

     

    Une journée cerfs, une journée lièvres

    Donc les rencontres de Dava ont commencé en 1954. À l’époque, il n’y avait dans les îles britanniques aucune règle concernant le coursing avec des deer-hounds donc, l’on peut dire que dans ce domaine nous avons été vraiment novateurs.

    Lors de ces premières rencontres, avant que les salukis ne viennent nous rejoindre, nous tâchions d’avoir une journée lièvres et une journée cerfs mais ceci se montra très difficile à organiser. Le “jour cerfs”, nous essayions de faire une battue mais nous n’étions pas assez nombreux – en fait, on se divisait en deux parties qui devaient finalement se rejoindre. À plusieurs occasions, on a pris du Cerf Rouge mais ce n’était pas concluant car même dans ces temps-là, ce n’était pas très facile de trouver des terrains de chasse qui veuillent de nous et par la suite, c’est devenu encore plus difficile.

    Les grandes battues au cerf ont eu lieu au Moyen-Âge et les nombreux rabatteurs ramenaient probablement les cerfs à travers une percée dans les collines puis, une fois la passe franchie, les gens lâchaient les chiens. Cependant, c’est en petite réunion qu’on chassait plus couramment le cerf avec les deerhounds : à la vue d’un cerf, un chien était lâché. Il faut savoir également qu’un deerhound peut être confondu, "moythered" (un bon vieux mot écossais).

    Par exemple, si vous lâchez les chiens sur un troupeau de cerfs, il n’est pas facile pour eux de se concentrer sur un cerf, c’est pourquoi il n’est pas aisé d’utiliser un deerhound comme auxiliaire du fusil.

    Supposez que vous tirez sur un cerf et que vous le blessiez ensuite en toute logique vous voulez mettre le chien sur l’animal blessé mais s’il y a d’autres cerfs dans les alentours, ce n’est pas sûr que le chien poursuivra le blessé. Si vous observez votre chien quand il regarde un cerf, vous verrez que quand il relève la tête, ses yeux sont fixés sur un cerf qui n’est peut-être pas le cerf blessé mais celui qu’il s’est choisi lui-même et si vous lâchez immédiatement, c’est sans conteste celui-là qu’il va courser. En fait, à ce moment-là, il faut retenir son chien tout en espérant que le cerf blessé va perdre de la vitesse et quand le reste du troupeau est hors de vue, on lâche son chien.

    Charlie Gordon savait très bien comment focaliser le regard de son chien sur la proie choisie. Il avait commencé par avoir des deerhounds quand il vivait au Canada et que son ranch pullulait de coyotes. Quand il voyait un coyote au loin, il descendait de cheval et maintenait la tête de son chien entre ses mains dans la direction de la proie. Ses chiens apprirent la technique et regardaient dans la bonne direction.

     

    Kenneth, pourriez-vous nous dire exactement comment se débrouille un deerhound pour faire son affaire à un Cerf Rouge qui est, somme toute, une grosse bête ?

    Un bon chien – et Kirsty en était l’exemple – court le long de sa proie jusqu’à trouver l’endroit propice et lui sauter dessus juste derrière la tête. La force de l’impact va déséquilibrer le cerf et en tombant, l’animal va se briser le cou. Une mort claire et nette. Cependant seuls les bons deerhounds agissent de la sorte ; il en est un certain nombre qui se jette sur une patte arrière, ce sont les “cuissards”, fort peu estimés car ils abîment les meilleurs morceaux de viande.

     

    Serait-ce déplacé de vous demander, là, tout de suite, quelle est pour vous la meilleure façon d’apprêter le gibier ?

    “B” dit toujours que le gibier est au mieux à la casserole car rôti, il peut se révéler trop sec. C’est donc ainsi que nous le mangeons habituellement.

    À l’époque, il est fort à parier que vous deviez faire figure d’exception à prendre un cerf avec un deerhound ?

    Oh , que oui ! Personne d’autre n’aurait osé le dire. Peut-être, un braconnier ou deux mais ils ne l’ébruitaient pas.

     

    Pensez-vous que le lièvre bleu est un adversaire à la taille du deerhound ?

    Eh bien, c’est tout ce que nous avions mais en réalité non. Un bon lièvre bleu peut tester la résistance d’un chien et même sa vitesse mais pas son courage. Je peux affirmer que rien n’a plus de courage que les chiens appartenant aux Hawke* en Australie ; ils prenaient régulièrement de gros et dangereux kangourous.

    À ce propos, il y a quelque chose que j’aimerais porter à votre connaissance : les chiens peuvent devenir “thirled” - encore un bon mot écossais - dont le sens vous paraîtra bientôt clair, c’est-à-dire, accros à la proie qu’ils ont l’habitude de chasser.

     

    Les deerhounds des Hawke quand on les lâcha récemment sur du cerf, couraient à côté mais hésitaient à en attraper. Ce n’était pas leur proie habituelle et les chiens ne sont pas prompts à passer nécessairement d’une sorte de proie à une autre. Ils ont tendance à se tenir à celle qu’ils ont l’habitude de poursuivre. Donc, “thirled” signifie imprégné.

     

    Que recherchez-vous en premier chez un bon deerhound ?

    C’est vraiment très difficile de mettre en avant un point particulier mais je peux dire que ce que je recherche en premier c’est une bonne arrière-main avec une croupe suffisamment longue pour permettre au chien de galoper comme il faut et une bonne angulation devant, ces points étant essentiels pour que le chien puisse aisément galoper sur un terrain inégal.

     

    Pourriez-vous décrire en quoi le galop du deerhound est différent de celui d’autres races de lévriers ?

    Je peux certainement dire que les deerhounds ont une façon de courir qui se différencie de celle d’autres lévriers. Ils semblent avoir un galop beaucoup plus bondissant que les whippets ou les greyhounds – un peu comme celui des lévriers orientaux afghans et salukis. En course, les whippets et les greyhounds sont comme une paire de ciseaux qui s’ouvrent et se ferment à grande vitesse.

    Au galop, ils se servent plus de leur rein que ne le fait le deerhound parce qu’ils sont plus des chiens de terrain plat que des chiens faits pour courir sur des terrains accidentés. Il y a cependant quelque chose que j’ai pu observer chez les salukis qui venaient courir à Dava. Un saluki qui me semblait courir à sa vitesse maximale, redoublait tout à coup de vitesse et ce parce qu’il arrivait à un endroit qui lui semblait plus propice pour attraper le lièvre. Je pense qu'à ce moment-là, il s’effectue un changement dans la façon de respirer et que le chien fait deux foulées au lieu d’une chaque fois qu’il respire et qu’il est en surrégime.

    Je ne pense pas que les deerhounds fassent cela.

     

    Quel avenir voyez -vous pour une race de travail qui n’a plus rien à faire ?

    Je suppose et j’espère qu’il y aura toujours des gens pour aimer le deerhound car c’est une race très attachante et qu’il y aura également ceux qui trouvent du plaisir à les montrer. Cependant, à mon avis, si le deer-hound n’a plus rien à faire, il va perdre de ses qualités de chien de travail qui représentent beaucoup pour certains et deviendra un simple objet de mire. Bien sûr, que les deer-hounds sont beaux à voir et qu’ils ont très bon caractère, deux très bonnes choses au

    demeurant ; mais le deerhound ne sera plus exactement comme celui que nous connaissons aujourd’hui parce qu’il sera très difficile de discerner le "petit plus" qui fait que c’est tel chien et pas un autre qu’on sélectionnera pour la reproduction.

     

    En quelques mots pouvez-vous dire ce qui vous attire tellement dans le coursing ?

    Eh bien, le coursing répond à un instinct de chasse primitif ancré profondément chez certains d’entre nous ; mais ce n’est pas tout, il y a la beauté du geste, voir l’animal accomplir sa fonction naturelle chose impossible à réaliser dans un contexte différent. Regarder des chiens jouer n’est pas la même chose. L’excitation de la poursuite est partagée entre le maître et son chien et c’est ainsi que cela doit être mais ce plaisir est indépendant de l’issue de la poursuite. Le coursing est l’expression d’un instinct très profond existant chez le chien et son maître car après tout dans l’histoire de l’humanité, la période pendant laquelle l’homme est devenu agriculteur et celle où il était chasseur, peut se comparer à des minutes contre des millénaires.

    Et maintenant Kenneth, la question à 100 000 euros, pour laquelle nous voudrions tous avoir la réponse ! Comment choisir dans une portée le chiot qui courra le mieux ?

    Ah ! ça, c’est au petit bonheur la chance ! Je tiens à répéter que je suis pour que le deerhound soit bon aussi bien que beau.

    Comme je l’ai déjà dit, j’aime les bonnes arrière-mains et j’essaie très fort de discerner chez un chiot l’indispensable qualité d’arrière-main. En plus de cela, je recherche, pour peu que l’on puisse s’en apercevoir à cet âge-là, une bonne longueur du bras et une grande profondeur de poitrine à l’instar de Tara of Rotherwood qui avait 4 pouces de plus de tour de poitrine que de hauteur au garrot, ce qui fait une différence avec les deerhounds d’aujourd’hui qui ont tendance à « être trop en l’air"

    J’essaie également d’éviter les “laineux” Il en vient moins qu’avant mais, il y en a encore. La couleur des yeux est encore quelque chose à surveiller – le standard demande que l’œil soit foncé et un œil foncé est très séduisant. Je n’aime pas du tout les yeux clairs mais il y a une nuance tirant sur le brun-rouge qui était celle de mes meilleurs chiens et qui semble bien souvent aller avec les chiens dotés d’un feu intérieur. L’œil clair est si laid mais cela n’entrave en rien la vue du chien. Pas mal de bêtises ont été racontées au sujet de la vue perçante et des yeux clairs des oiseaux de proie ; la couleur claire serait un indice de vue perçante mais si vous observez bien l’œil du faucon pèlerin, vous verrez qu’il est d’un joli marron et non clair. D’ailleurs, la couleur est dans l’iris tandis que c’est à travers la pupille que l’animal voit.

    Une fois trouvé le chiot qui vous plaît, je pense qu’a peu près tous les chiots feront plus tard des chiens de travail pourvu que leurs maîtres les encouragent. C’est très, très important que le chien sente que son maître est “à ses côtés” quand il court. On dit que le chien ressemble à son maître mais ce n’est pas tout. Phyllis Young qui avait les Portsonachan Deerhounds avait l’habitude d’amener deux chiennes de la même portée à Dava. L’une d’elles, Princess, qui était une super bonne chienne, s’était cassé la patte quand elle était toute jeune et arrivait quand même à compenser le déséquilibre engendré par une patte plus courte que l’autre.

    L’autre sœur, Deidre, dès qu’elle était lâchée, revenait pour ainsi dire tout de suite au départ ; elle ne courait simplement pas ! Il est évident que cette chienne était très, très proche de l’homme et que l’excitation de voir le lièvre passer ne suffisait pas à la détacher de plus de 50 mètres de sa maîtresse. Je connais assurément d’autres deerhounds dans le même cas, c’est pourquoi si vous voulez que votre chien coure, vous devez tout faire pour l’encourager dès son jeune âge. Je pense que si l’on ne donne pas quelque chose à faire aux deerhounds d’ici, il faudra tôt ou tard dépendre de personnes dans d’autres pays qui auront à cœur de conserver aux deerhounds « le feu dans le ventre

    Y- a-t-il eu dans votre vie un deerhound dont vous auriez aimé être le propriétaire et pour quelles raisons ?

    La réponse est oui : le champion Laird of Terichline appartenant à Caroline Dowsett était un super, super chien que j’adorais. Il avait une très belle personnalité, était superbement bien fait et n’avait pas trop de taille. Il avait de très belles proportions et donnait à sa propriétaire beaucoup de plaisir car il était aussi ardent sur du vivant que sur le leurre et dire qu’il ne faisait pas la différence entre les deux aurait été une insulte.

    Kenneth, vous venez de dire qu’il n’avait pas “trop de taille”. Quelle taille croyez-vous qu’il faisait ?

    Je me souviens que dans le ring, on lui reprochait tout le temps d’être trop petit- il devait faire dans les 32 pouces au garrot (81 cm environ).(1) Personnellement, je préfère des chiens plus petits car si les grands vont bien sur le plat, je me demande combien de temps ils vont tenir le coup en terrain accidenté.

    Vos idées sur la taille se basent-elles sur ce que vous croyez être juste pour courir le lièvre ou le cerf ?

    Je n’ai jamais voulu que l’on fasse des deerhounds des chiens à lièvre et mes idées visent toujours la poursuite du cerf.

    Un chien de petite taille avec du cœur peut terrasser du gros gibier- j’ai pris du cerf avec une chienne qui ne faisait pas plus de 26 pouces au garrot (65 cm environ). Je pense qu’un deerhound est suffisamment grand à 32,5 pouces (81,25 cm) et j’aimerais qu’idéalement il ait un tour de poitrine de 4 pouces supérieur à sa hauteur au garrot mais c’est très difficile à trouver chez le deerhound moderne.

    Quand vous avez une portée en vue, songeriez-vous à utiliser un chien qui n’ait pas fait de travail ?

    Non, jamais.

    Ou alors un mâle qui pour des raisons autres que de blessure ne convient pas pour le ring ?

    Non. J’ai toujours, toujours voulu concilier les deux, le travail et la beauté.

    Accepteriez-vous de nous parler de la torsion d’estomac et de problèmes génétiques inhérents à la race ?

    Je pense que les deerhounds ont significativement peu de problèmes génétiques en revanche la race est sensible aux retournements d’estomac. J’ai eu une chienne qui ayant été opérée une première fois, a refait une torsion et j’ai le sentiment que certaines lignées sont prédisposées à faire des torsions mais on ne peut pas dire que ce soit génétique.

    Chez mes chiens, je n’ai pas constaté d’autres problèmes de santé mais je pense que si les chiens sont très sollicités au point de vue du travail, leur cœur peut lâcher et je dois admettre qu’un certain nombre de mes chiens sont morts suite à des problèmes cardiaques. En fait ils sont tous morts vers l’âge de 8 à 9 ans. J’ai toujours fait mener à mes chiens une vie très active et s’ils avaient vécu une vie plus paisible ils auraient probablement atteint 10 ou 12 ans mais ça, ce n’est pas une vie pour un deerhound. De toutes façons les grandes races ne font pas souvent de vieux os.

    Auriez-vous aimé produire une portée en particulier ?

    Si j’avais été en mesure de le faire, j’aurais utilisé Laird of Terichline sur une très, très bonne chienne car il était vraiment un chien complet.

    Pourriez-vous nous raconter comment la race a survécu à la Deuxième Guerre Mondiale ?

    Mon livre, une fois écrit, je l’ai dédié aux piliers de la race. Moi-même, je ne suis pas encore là et ne rentre pas en scène avant 1951 quand avec ma femme “B” nous nous installons à Inverness. Les piliers de la race ont croisé et accouplé des chiens qui pouvaient aller ensemble puis, Miss Noble décida d’utiliser un très beau lurcher* du Norfolk afin d’élargir le pool génétique de la race. Il y eut des chiots mais évidemment le Kennel Club n’a pas voulu les enregistrer parce que l’un des parents était croisé. Si le lurcher avait été issu de parents de race pure, ils auraient accepté. Finalement, tout tomba à l’eau sauf que dans la portée il y avait des spécimens de toute beauté et quand j’ai vu la génération d’après, issue de ces croisés, je n’ai absolument pas pu faire la différence avec les autres deerhounds. Par la suite, Anastasia Noble utilisa un greyhound de coursing et alors le Kennel Club accepta de les enregistrer ; ce ne serait plus le cas aujourd’hui !

    Quatre générations plus tard, le Kennel Club considérait les descendants des chiens issus de ce croisement comme des deerhounds de pure race. Ces lignées-là existent encore de nos jours à travers les Ardkinglas et leurs descendants. Un certain nombre de gens à deerhounds a “tiqué” à utiliser cette lignée mais moi je l’ai fait et bien sûr Miss Noble avec le champion Isambard of Ardkinglas qui était de la 1re génération enregistrable. Je pense que cette lignée est assez répandue dans la race et qu’elle a apporté du bon. Comme je l’ai déjà dit, Miss Noble voulait élargir le pool génétique et ne pensait pas à améliorer les aptitudes au travail car il faut savoir qu’à l’époque les piliers de la race étaient des gens d’expo et non de coursing. Leur intérêt pour le coursing s’est manifesté plus tard quand j’ai commencé à organiser le coursing de deerhounds à Dava en 1954 grâce à ma chienne Kirsty qui était si ardente.

    Ma première approche du coursing remonte au temps de la Guerre lorsqu’en pénétrant dans un pub du Norfolk, je vis un greyhound installé devant le bar. Le lévrier appartenait au propriétaire de l’établissement ; devant mon intérêt évident pour la question, il me proposa de l’accompagner faire un coursing et c’est ainsi que nous sommes partis avec deux greyhounds, avons trouvé du lièvre et j’ai vu comment le fait de voir ses chiens courir transformait complètement cet homme. J’en fus fortement et durablement impressionné.

    Lors de vos débuts dans la race, avez vous rencontré des chiens fauves ou bringés ?

    Tous les deerhounds sont bringés mais je n’ai jamais vu de fauve. Marjorie Bell m’a raconté qu’elle avait eu une fauve doré – une seule dans une portée normale – juste avant ou au début de la Guerre. Je ne sais pas si elle avait été enregistrée au Kennel Club. Moi-même, Glynis et Mick Peach qui avons rédigé “A Century of Champion Deerhounds” n’avons pas réussi à trouver trace de cette chienne. Marjorie la décrivait comme étant de la couleur d’une guinée*, je crois même qu’elle avait pour nom “Guinea” elle n’a jamais été saillie et on m’a dit qu’elle mourut jeune. Depuis, il n’y a pas eu d’autres fauves.

    J’ai bien vu “White Knight of Enterkine”  né au début de la Guerre pendant que les chiens de Marjorie séjournaient chez Miss Hartley. Il était de couleur crème pale avec des bringeures bleues mais il n’avait peut-être pas encore acquis son poil définitif quand je l’ai vu.

    Que pouvez-vous nous dire au sujet des marques blanches chez le deerhound ?

    Les marques blanches pourraient indiquer la présence d’un mélange avec d’autres races de travail. Le poil laineux de certains deerhounds vient probablement de la vieille race des bearded collies qui servaient de chiens de berger dans les Highlands avant l’arrivée du border collie et ils seraient responsables aussi des occasionnelles marques blanches.

    “Maida” le deerhound de sir Walter Scott avait un collier blanc et par conséquent portait du sang de collie. je dois dire que moins il y a de marques blanches sur un deerhound, mieux c’est.

    Que savez-vous de l’ascendance commune entre le deerhound et le wolfhound ?

    Au Moyen Âge, il y avait beaucoup d’allées et venues entre l’Écosse et l’Irlande et sans aucun doute beaucoup d’échanges et de croisements          de chiens. Finalement, ces chiens se sont scindés en deux races distinctes, conséquence de leur habitat et utilisation. Les plus légers étaient recherchés pour l’usage dans les petites montagnes, les plus lourds dans les basses terres. Une lente différenciation s’en suivit.

    Quand Graham s’est mis à ressusciter le wolfhound à la fin du XIXe siècle, il utilisa beaucoup de sang de deerhound et je crois qu’il existe une nombreuse documentation à ce sujet.

    Charlie Gordon ou peut-être, était-ce James Cummings, m’a dit qu’au début de la Guerre, il avait fait un croisement avec un wolfhound parce qu’il trouvait que les deerhounds bien qu’étant très rapides, commençaient à manquer de substance mais avec la Guerre, la lignée s’est perdue. Depuis, personne n’a tenté rien de similaire.*

    Kenneth, diriez-vous que le deerhound actuel est trop chargé en poil ?

    Eh ! bien, peut-être que les deerhounds américains le sont car chaque fois qu’ils rentrent dans le ring, ils semblent avoir été épilés. Je ne vois pas pourquoi ils devraient être épilés – ici, nous n’épilons pas nos deerhounds car ils sont supposés arriver sur le ring intacts. Il y a peut-être un peu de toilettage à faire autour du cou et des oreilles mais n’oublions pas que dans les vieux livres, il est même question de la crinière du deerhound. Mon sentiment est que l’épilation gâche la jolie silhouette et que les deerhounds doivent être montrés aussi naturels que possible. En ce qui concerne les lignées américaines de deerhounds, je dois préciser que je n’ai pas touché les chiens de mes propres mains et n’ai vu que des photos de chiens épilés donc je ne peux pas savoir comment ils sont vraiment. Je pense que chez nous les chiens ont un bon poil mais que si jamais vous tombez sur un laineux, vous devez tout simplement l’épiler.

    Avez-vous participé à un coursing aux États-Unis et pouvez-vous nous dire quelle différence il y a entre les deux systèmes ?

    Non, je n’ai jamais fait de coursing là-bas. Cependant, ici, j’ai vu plus de deux chiens courir ensemble lorsqu’un chien s’est échappé et est arrivé sur le terrain et j’ai pu observer que tous les chiens ne courent pas vraiment. Ils ne se donnent pas tous de la même façon : il y en a un qui va courir le lièvre tandis que l’autre est un peu en roue libre. Si le lièvre change de direction et favorise ainsi le chien qui était en retrait, à ce moment là ce dernier va rentrer dans la course et l’on va retrouver la façon ancestrale de chasser de la meute. C’est le genre de chose que l’on peut voir dans les films sur la vie des chiens sauvages qui s’entraident pour effectuer une capture. Nos coursings dans le Royaume Uni relèvent d’une compétition un peu différente où l’on cherche à tester l’aptitude du chien au travail plutôt que la finalité de la course avec capture et mise à mort.

    Avez-vous essayé vos chiens sur piste ou en poursuite à vue sur leurre ?

    Dans l’ensemble, les deerhounds ne sont pas très motivés ni par l’une ni par l’autre(2). Je m’y suis essayé une fois mais les chiens couraient avec la tête en l’air et non basse, comme ils l’auraient fait en poursuivant du vivant.

    Je pense que cela peut être différent si vous commencez avec des chiens jeunes, encore pleins de feu, vers l’âge de 14 à 15 mois et n’ayant jamais vu de gibier vivant.

    Avez-vous des terrains de prédilection pour le coursing et y a-t'il eu  eu des personnes qui vous ont particulièrement bien accueillis sur leurs terres ?

    Les landes de Dava nous ont permis sans conteste de faire nos meilleurs coursings et nous avons été très bien reçus par le comte de Moray. Pour ce qui est du coursing dans les basses terres, nous avons fait plusieurs très bons coursings dans le North Norfolk, à Binham et Holkham où lord Leicester s’est montré très bon pour nous et pour la généralité des sports de campagne.

    Avez-vous une histoire de coursing favorite et aimeriez-vous nous la raconter ?

    Eh ! bien, il y a cette histoire de coursing à Crowland que je raconte dans mon livre mais il y en a une autre que je n’oublierai jamais car c’est sans aucun doute la meilleure poursuite qu’il m’ait été donné de voir. C’était lors d’une des dernières réunions de la saison à Lochindorb en 1987 ; l’un des chiens, Ardkinglas Aurelia, appartenait à Nell Wilson et l’autre, Coronach Adventurer, était la propriété de Ann Mac Neill. Le major Smillie faisait office de juge mais je ne me souviens plus du nom de celui qui lâchait les chiens. Un gros lièvre bondit, le lâcher fut réussi puis, très vite, lièvre et chiens s’entendirent pour courir et je dois dire que ce lièvre fit tourner les chiens en bourrique. Il les a fait tourner, tourner, tourner et encore tourner pour disparaître à la fin, d’un coup de talons derrière la ligne d’horizon. Il les avait littéralement fait tourner en bourrique. Tous les présents se mirent à applaudir spontanément. C’était sans conteste, la meilleure poursuite que j’aie vue de ma vie. Le gars qui lâchait pour nous venait du monde des greyhounds et il est resté bouche bée car pour lui aussi, c’était la meilleure des poursuites qu’il ait vue dans sa vie. Ces chiens étaient si motivés qu’ils suivaient, suivaient, ils ont dû tourner 25 à 30 fois, c’était une course fantastique, les chiens donnaient le meilleur d’eux-mêmes et c’était un lièvre magnifique. C       ette poursuite a démontré combien un lièvre bleu peut-être bon quand il court sur de la bruyère pas trop haute. Ah ! que j’aurais aimé avoir un de mes chiens dans cette course…

    Pourriez-vous nous dire comment s’organisaient les premières réunions de Dava ?

    Il n’y avait bien sûr, qu’une réunion par an et c’était seulement pour les deerhounds. J’avais eu une très belle saluki au début de la Guerre et quand j’en ai eu pris une deuxième chez Hope Waters (Burydown), il m’a semblé qu’il serait bien d’introduire les salukis à Dava.

    “B” restait généralement en poste à la maison mais je me souviens qu’à une certaine occasion, elle et Marjorie Bell nous ont rejoints sur des poneys. Nous avons accueilli jusqu’à 10 personnes chez nous plus leurs chiens, ce qui signifiait qu’il fallait ajouter des chaises et des tables dans la salle à manger – “B” et moi dormions sur un matelas par terre. Au début, les réunions duraient 3 jours, les gens arrivant le soir pour le dîner de trois plats concocté par “B” puis c’était le lever à l’aube et chacun partait avec le pique-nique que “B” nous avait préparé pour que nous ne crevions pas de faim à midi. Puis, “B” et notre merveilleuse Mrs. Mackay, faisaient les lits, nettoyaient et il était temps de se remettre à cuisiner le dîner et à prévoir le pique-nique du lendemain ! Bien sûr, très souvent, les gens revenaient absolument trempés et “B” veillait à ce que toutes les affaires soient sèches pour le lendemain matin. Nos enfants s’étaient proclamés filles de chenil et je dois dire qu’elles préféraient sortir les salukis plutôt que les deerhounds.

    Il y avait même des chamailleries pour savoir qui sortait les deers et qui sortait les salukis. Une année, James Cummings offrit à “B” l’une des cuillères qu’il avait gagnées avec ses chiens pour la remercier d’avoir réussi à donner à manger à toute la troupe.

     

    Quand les salukis sont venus nous rejoindre, nous marchions nos chiens ensemble et alternions les courses saluki et deerhounds puis à la fin, nous faisions courir ensemble le meilleur saluki et le meilleur deerhound. Les deerhounds l’emportaient de justesse sur les salukis mais je dois dire en toute honnêteté que les salukis auraient pu être un peu effrayés de courir contre un si grand chien. Dans tous les cas, c’est ce que disaient les propriétaires de salukis. Nous avons continué de courir après que les salukis nous eussent quittés ; je pense que certains propriétaires ont estimé que le chemin était trop long pour arriver jusqu’à nous et puis, ils ont trouvé de plus en plus de terrains à leur disposition dans le sud. De plus, ils n’ont jamais fait vraiment partie de notre bande bien que nous logions tous dans le même hôtel.

    Les participants à nos coursings étaient Miss Noble, James Cummings, les Young, Hope Waters, John Hamerton et sa petite amie et Edward Burkhart. Je me rappelle qu’une année Edward s’est pointé à Cruft’s dans un vieux corbillard- c’était si pratique pour amener des chiens ! Il avait placé un lit de camp à la place prévue pou le corbillard et tous ses salukis étaient couchés dessus. Quand il est passé à côté de nous nous l’avons tous salué avec nos chapeaux ! Ah ! quels bons moments nous avons pu passer…Une fois au Station Hôtel d’Inverness, Hope Waters et Anastasia Noble qui toutes deux pétaient la forme, ont décidé de nous montrer comment on présentait un saluki dans le ring avec Hope à quatre pattes, faisant le saluki ! ! !

    À la fin, nous étions si nombreux que nous ne tenions plus dans la maison et nous allions dîner au Station Hôtel. À plusieurs reprises, nous avons logé dans un hôtel de Carrbridge où nous avons eu des soirées décoiffantes. Il y eut la fois où après une soirée très joyeuse, quelqu’un avait décidé d’aller retrouver sa chambre en grimpant par la gouttière et l’inévitable est arrivé, la gouttière s’est détachée du mur et l’intrépide grimpeur a fini dans la rivière ! !

    Bob Blatch était encore un autre de ceux qui connaissaient merveilleusement bien les chiens et comprenait que les deerhounds doivent être lâchés beaucoup plus tôt que les greyhounds car le deerhound n’a ni la vitesse ni l’accélération du greyhound bien qu’évidemment il soit beaucoup plus endurant.

    Si vous coursez les deerhounds derrière du lièvre brun, il faut lâcher tôt, à 22 yards environ (20 mètres) mais si c’est sur du lièvre bleu, alors il faut retenir un peu les chiens car les bleus sont moins rapides.

    À l’époque, les coursings se faisaient début novembre parce que le froid ne s’était pas encore installé et qu’il y avait abondance de lièvres bleus. À Inverness, la neige commençait à tomber vers le 3 janvier et y restait jusqu’à mi-mars et les températures ne dépassaient guère zéro degrés.

    Nous avons passé des soirées merveilleuses à chanter autour du piano. Joan Dunn était extra- elle et Keith étaient des super gens à deerhounds et lui venait d’une famille réputée pour sa longévité ; en trois générations, ils pouvaient remonter jusqu’à la guerre de Crimée. Tout le monde chez lui vivait au moins jusqu’à 90 ans et Keith lui-même courait encore dans des champs labourés à plus de 90 ans.

    Joan était vraiment incroyable, elle aurait voulu monter sur les planches mais à l’époque de sa jeunesse et dans sa famille, cela ne se faisait pas. Elle créait des petites chansons qu’elle accompagnait au piano, -des petites chansons très osées, je dois dire- C ‘étaient des gens merveilleux, des grands personnages et les soirées que nous passions étaient aussi captivantes que les journées.

    Pour finir, Kenneth, si d’un coup de baguette magique vous pouviez faire revenir votre deerhound préféré, qui ce serait ?

    C’est difficile d’en choisir juste un seul. Eithne (CH.Sorisdale Mac Ei-thne) a beaucoup représenté pour moi. Elle était ma seule championne de beauté et elle est morte d’un retournement d’estomac alors qu’elle attendait des chiots d’un bon champion de la famille Helps. C’était une toute bonne chienne de coursing et également une chienne d’expo. Cela s’est passé juste avant la Nationale d’élevage du centenaire à Pitlochry. Un véritable crève-cœur pour moi.

    Bien sûr, il y a eu ma bien-aimée Ghillie ; une très bonne chienne de coursing bien qu’on n’ait pas eu la possibilité de la mettre sur du cerf.

    De plus elle savait charmer tout son monde. Peut-être que finalement, ça va être Kirsty.

    Elle était dotée d’une vue incroyable et elle savait toujours me dire s’il y avait quelqu’un d’autre dans les parages, ce qui pouvait s’avérer très important ! Elle était si performante, de si bonne compagnie et elle avait le caractère dont on a parlé tout à l’heure, une trempe d’acier dans une enveloppe de velours. Elle était extraordinaire. Je pense donc que ce serait Kirsty parce qu’elle a été pour moi une expérience si nouvelle et excitante et que nous étions alors jeunes et insouciants.

     

    Deerhound Club U.K.

     

    (1) Ici, il doit y avoir une erreur ; un mâle de 81,5 cm au garrot n’est pas petit même à l’heure actuelle. Laird était plus près du 78, 79 cm au garrot que du 81. Je le dis en connaissance de cause pour l’avoir touché, promené et essayé de l’acquérir de Mme Dowsett. En revanche, je suis partie avec son petit-fils qui était grand mais hélas, n’avait aucune des qualités de son grand père. Je lui ai trouvé une bonne maison où il a vécu heureux jusqu’à l’âge respectable de 11 ans.

    (note de Mme Vinen de Presse de Deers).

     

  • Charlie Gordon et de son deerhound Spey of the Foothills

    À propos de Charlie Gordon
    et de son deerhound Spey of the Foothills

    article paru dans Presse de Deers n° 13 (2007)

     

    "Juste après avoir fini de taper “À bâtons rompus”, nous sommes tombés sur un article retraçant l’histoire de Charlie Gordon qui vécut avec des deerhounds et en fit l’élevage.

     

    D’ailleurs un de ses chiens, Spey of the Foothills est passé à la postérité grâce à sa descendance encore présente aujourd’hui. Spey est né en 1923, il a chassé les coyotes et les cerfs du Canada (mule deer), les gazelles Thompson et autres cervidés en Afrique ainsi que le cerf rouge en Écosse. Il fut montré à Crufts, Perth et Edimbourg (à l’ exposition du Scottish Kennel Club). Il a laissé son empreinte dans la race grâce à son fils CH. Phorp of the Foothills qui apparaît comme ancêtre dans la plupart des pedigrees des deerhounds d’aujourd’hui. Nous devons cet article à l’éleveuse canadienne Barb Heidenreich qui avec la collaboration de Susan Trow a pu consulter les archives du Deerhound Club (Royaume Uni) en 2002 et recueillir les souvenirs des fils de Charlie, Euan et Ron Gordon.

    “L’histoire de Charles Forbes Gordon et sa vie avec les deerhounds commence avec sa naissance, le 2 janvier 1884 à Madras en Inde; son père dirigeait la Mercantile Bank of India. Charlie fit ses études en Écosse et il y travailla dans une banque jusqu’en 1906 mais ne trouvant pas à son goût le métier de la banque, il s’en alla dans les “colonies ”, à savoir à Kamloops aux pieds des Montagnes Rocheuses dans la partie intérieure de la Colombie Britannique. Là, il se loua dans des ranchs jusqu’en 1913. Puis il partit en Afrique. Quand éclata la Première Guerre Mondiale, il se trouvait au Kenya et fut enrôlé dans les Chasseurs Montés de l’Afrique de l’Est. En 1919, Charlie Gordon était de retour en Écosse où il fit l’acquisition de la petite deerhound Sheila (Britain’s Boy X Sherbrook Anne) avec laquelle il entreprit de retourner à Kamloops. Ils étaient dans le train qui traversait le Canada, lorsque Charlie aperçut à la station de Saskatchewan une indienne avec un magnifique deerhound mâle; il le lui acheta sur le champ et c’est ainsi que Rory, Sheila et Charlie arrivèrent à Kamloops. À l’époque, on voyait fréquemment en Amérique du Nord des deerhounds de valeur, venus d’Europe et du Royaume Uni pour participer à des équipées de chasse, ils étaient ensuite laissés aux guides locaux.

    Spey of the Foothills à l’âge de 7 ans

    Une fois à Kamloops, Charlie Gordon acquit un verger à pommes, se mit à chasser avec ses chiens et joua au polo. Il eut une portée d’au moins 5 chiots issus de Rory et Sheila, nés le 30 juin 1923. L’un des chiots était Spey. Rory, Sheila et Spey furent mis sur les “loups de la prairie”

    (coyotes) et les cerfs du Canada jusqu’en 1925. Cette année-là, Charlie s’en alla en Afrique avec Sheila et Spey chasser du gros gibier; ils y chassèrent la gazelle, l’antilope et autre gibier en Afrique du Sud et au Kenya jusqu’en 1926 lorsque Charlie eut le bras droit lacéré par un lion et qu’il faillit perdre la vie. Sheila mourut au Kenya mais Spey revint en Écosse avec Charlie et commença une courte carrière d’exposition. Pour ce faire, il a fallu enregistrer Spey auprès du Kennel Club en 1926. Puisque le père de Spey était sans papiers, Spey a dû saillir une chienne de pure race et les chiots de la portée ont tous été examinés pour voir s’ils correspondaient aux critères de la race. La portée avait dû naître début 1926 car le numéro d’immatriculation de Spey (45106/26) fut publié dans la “Kennel Gazette” le 26 novembre 1926

    .

     

    Les deers de Charlie Gordon à KamloopsEn mai 1927, Charlie prit femme et Spey fut laissé en pension chez Marjorie Bell pendant la durée du voyage de noces de son maître. Le couple, choisit de s’installer à Cassieford, Forres dans le Morayshire. Cette année-là, Spey alla à Crufts, à Perth se classant 2e de la classe Novice. Puis, en octobre, ce fut l’exposition du Scottish Kennel Club à Edimbourg où Spey jugé par l’éminent éleveur et juge de deerhounds Harry Rawson (affixe Saint Ronan) est sorti 1er des classes Novice et Graduate et gagna 2 cuillères en argent. Il ramena  aussi un vase en argent et la Chairman’s Cup du meilleur novice. Au temps de sa grande forme, Spey pesait 78 livres (35 kg environ), mesurait 30 pouces au garrot (76 cm) pour un tour de poitrine de 32,5 pouces (82,5 cm).

    Des photos prises à cette époque montrent Charlie chez lui à Inverugie en compagnie de Maida of Bridge Sollers, une superbe chienne, de Sandy (Bambino of Bridge Sollers) et Spey.

    Maida fut mise à Spey et Charlie garda deux chiots (Buskar et Rufus) de la portée née le 27 décembre 1927. Entre-temps il déménagea encore pour vivre à Hopeman, un petit village de pêcheurs dans le Morayshire et en 1928 il accueillit le petit Buck (Spey X Balmacueil Harta). Sporadiquement Charlie exposa Buskar, Buck et Sandy mais surtout il leur fit courser le Cerf Rouge.

               

    James Cummings (affixe O’ the Pentlands) utilisa Spey en 1929 sur Dusk O’ the Pentlands; le choix de portée fut Phorp of the Foothills que l’on peut voir avec Charlie dans les albums de photos de la famille. Toutefois vers 1931, Phorp avait changé de mains, il était devenu la propriété des Miss Loughrey en Irlande. C’est à partir de là que commence son illustre carrière d’exposition. En quatre ans, Phorp remporta 12 challenge certificates et gagna Crufts en 1933 et 1934.

    Spey, le premier deerhound que Charlie Gordon ait produit fut également son dernier. Comme la santé de Charlie déclinait, les chiens ont dû être placés. Il y eut même une annonce parue dans un journal des Indes mentionnant “paiement à la livraison à Bombay ”. La dimension des chiens était spécifiée et ils sont décrits comme étant confirmés et “capables de chasser des animaux aussi gros que des Nilgau” ( une grande antilope).

    C’est à Hopeman que les deux fils de Charlie, Ron et Euan ont grandi et c’est là aussi que mourut Spey à l’âge de 10 ans.

    L’histoire ne s’arrête pas là. Bien que l’état de santé de Charlie ne lui permît plus d’avoir des deerhounds et de continuer à chasser, c’est vers lui que se tourna Kenneth Cassels, sur les conseils de James Cummings lorsqu’il sentit le besoin de raviver le coursing de compétition avec les deerhounds en 1953. Grâce aux relations de Charlie, Kenneth trouva un grand propriétaire terrien l’autorisant à organiser des coursings de deerhounds sur les landes de Dava dès 1954. Par la suite, les salukis sont venus rejoindre les deer-hounds. Une des épreuves du Dava Quaich* consistait à chasser le cerf rouge mais l’utilisation des chiens pour la chasse au cerf fut interdite en Écosse, en 1959.

    Pendant près de cinquante ans, le coursing de Dava permit de comprendre la nature et la structure des deerhounds et de tester leurs capacités sur les terrains pour lesquels ils avaient été formés.

    Charlie Gordon est mort en 1967 et mes chiens sont à vingt générations de Spey of the Foothills mais c’est ce genre de lien qui nous maintient tous ensemble.”

     

    Traduction de l'article de  Barb Heienreich (Deerhound Club of Victoria)

     

    *Quaich : bol écossais à deux anses dans lequel on peut boire du whisky.

     

     

     

  • LA CHASSE : Henry Hope Crealock (Deer Stalking in the Highlands of Scotland)

    Cet article est extrait du dernier numéro de Presse de Deers (n° 37 et 38 - 2015) et a été traduit par Mme Vinen.

     

    Henry Hope Crealock (1831-1891) fut militaire de carrière dans l’armée britannique mais il avait aussi d’autres cordes à son arc : peintre, dessinateur, écrivain . Il était aussi passionné par la chasse au cerf à l’ancienne au point de devenir une autorité dans la matière, au temps de la reine Victoria.

    Son père était notaire à Londres et l’enfant Henry manifesta très tôt un intérêt pour l’art du portrait.

    Le père, qui avait de l’ambition pour ses fils, paya pour que deux d’entre eux, Henry et John, entrent dans l’armée. Henry rejoignit le 90e Régiment en 1848, épousa Julia Hatfield l’année suivante et vers 1854 avait déjà servi en Crimée avec le grade de lieutenant capitaine et adjudant de régiment. Après avoir participé au siège de Sébastopol, il fut décoré de la Croix de Guerre de Crimée, de la Médaille Turque et de celle de la Medjidieh de 5e Ordre. Par la suite, il servit en Chine dans l’Expédition Punitive menée par les anglais puis il fit la Campagne Indienne et se blessa en combattant les Zoulous en Afrique du Sud. Il prit sa retraite de l’armée avec le grade de Lieutenant Général et mourut à l’âge de 60 ans à Londres, dans sa maison de Belgravia.

    Crealock commença à se rendre en Écosse et à chasser le cerf vers 1865 ; il en devint vite féru et dès que ses devoirs militaires lui laissaient des loisirs, il courait en Écosse poursuivre le cerf dans les grandes forêts qu’il lui arrivait de louer. Il aimait à faire des esquisses et des dessins pris sur le vif des chasses auxquelles il participait ; il agissait de même lors de ses campagnes militaires rapportant des croquis de la vie militaire dans les lieux où l’armée britannique intervenait. Ses illustrations sur la chasse au cerf ont souvent été comparées à celles de Landseer, l’humour en plus, mettant à mal les « gentlemen chasseurs ».

    Il avait appris à connaître et à apprécier hautement le travail des gillies et il en parle souvent dans ses écrits.

     

    À l’époque victorienne, les chasses se déroulaient souvent à un rythme tranquille ce qui permettait à des artistes comme Crealock et Landseer d’illustrer les registres de chasse de leurs hôtes et d’immortaliser la journée de chasse par des esquisses pendant qu’ils l’avait encore en mémoire.

    Dans bon nombre de dessins de Crealock les cerfs sont grands et ils portent une ramure impressionnante ; ceci est peut-être exagéré ou constitue une licence que s’accorde l’artiste mais peut aussi être révélateur de la qualité des cerfs des années 1860-1870.

    Crealock remarque qu’à la fin du XVIIIe siècle, peu d’anglais connaissaient et pratiquaient la chasse au cerf rouge en Écosse, ce sport était inconnu de tous sauf des Écossais vivant sur place.

    Cependant, vers le milieu du XIXe siècle, la situation avait changé et dès qu’un homme amassait une petite fortune, un de ses premiers souhaits était d’acheter ou louer une forêt habitée par les cerfs dans les hautes terres d’Écosse.

    Crealock pensait qu’à cause de la compétition que se faisaient les riches entre eux, le prix et les loyers des forêts avaient augmenté significativement et bien qu’il reconnût que la popularité de ce sport amenait de l’argent, des emplois et l’installation de nouvelles gens dans les montagnes, il constatait aussi que la mauvaise gestion des domaines avait abouti à la reproduction anarchique des cerfs et à la diminution de la taille des grands cerfs rouges.

     

    UN PEU D’HISTOIRE

    Au XVIe et XVIIe siècles, l’Écosse était couverte de vastes étendues de forêts où les cerfs, pendant la période du rut parcouraient de grandes distances pour se reproduire et l’influx de sang nouveau qui en résultait contribuait à la bonne santé et la prolificité du troupeau.

    À la fin du XVIIe siècle et début du XVIIIe, la destruction des forêts au profit de l’élevage de moutons, la spéculation sur les fermes, la prolifération des voies de chemin de fer, l’installation de clôtures, la création de comtés et de nouveaux districts contribuèrent à la raréfaction des populations de cervidés et à la diminution de la taille des individus.

    Avant l’arrivée des moutons avec leurs bergers et leurs chiens, avant l’installation des enclos et avant que le rail ne sillonne le pays, les cerfs étaient libres d’aller où bon leur semblait. Lorsque cette période heureuse prit fin, les cerfs n’atteignirent pour ainsi dire plus jamais leur maturité ou leur stature d’antan.

     

    LA CHASSE A PIED

    Crealock aimait vraiment la chasse à pied, tout spécialement dans les domaines où la gestion des cerfs était encore pratiquée à l’ancienne. Il écrivait que, dans le temps, on amenait plusieurs paires de très bons chiens galopeurs et que chaque paire était confiée à un homme avec un fusil de façon à parer à toute éventualité ; ceci demandait la présence d’une main-d’œuvre nombreuse, bien entraînée et qui revenait cher. Hélas, à la fin des années 1880, il s’est rendu compte que les hommes qu’on envoyait avec les chiens ne connaissaient rien, ni à la chasse, ni au travail qu’ils étaient censés accomplir. Il ajoutait qu’il avait été heureux de connaître le temps où l’on chassait avec des deerhounds et que les hommes qui s’en occupaient savaient comment et quand les utiliser.

    Crealock écrivait que les opinions divergeaient sur le choix des chiens à utiliser pour le cerf : galopeurs ou pisteurs. Il trouvait que les deerhounds convenaient parfaitement à la poursuite du cerf sur certains types de terrains mais pas sur d’autres car ils étaient susceptibles de se blesser. Il pensait que sur les terrains très rocailleux ou trop pentus il ne fallait absolument pas les lâcher car emportés par leur ardeur, ils risquaient de se casser le cou, les membres…

    Pour lui, dans de vastes contrées comme Achnacarry ou certaines parties de Glen Quoich et Clunie, là où les chiens étaient utilisés avec discernement par des hommes connaissant leur affaire, rien de mal ne pouvait leur arriver.

    Quand il chassait, Crealock préférait être accompagné de deerhounds, très utiles pour arrêter la course d’un cerf blessé et l’empêcher de se réfugier dans les bois. Crealock avait constaté que quand on lâchait un deerhound sur un cerf, deux choses pouvaient arriver : soit que le chien rattrape le cerf et le maintienne aux abois jusqu’à ce que les chasseurs arrivent pour le finir, soit qu’il tue ou malmène le cerf et retourne à l’endroit où il avait été lâché et reste là. Pour Crealock, le deerhound n’est pas un « chien sûr » car il aurait tendance à abandonner un cerf blessé pour retourner auprès de son maître si celui-ci n’arrive pas sur les lieux assez vite et il conclut en disant que si un chien se comporte de cette façon c’est parce qu’il a été trop entraîné à se laisser guider.

    Crealock affirmait que si on voulait chasser avec des deerhounds dans les forêts giboyeuses, il fallait absolument des hommes solidement entraînés à ce genre de travail. Le gillie en charge des chiens se doit de les connaître et en être connu. Il faut également qu’il ait une connaissance approfondie de la topographie des lieux et savoir où un cerf blessé serait le plus à même d’aller lorsqu’on le perd de vue. Il était d’avis qu’il valait mieux faire travailler ensemble une chienne et un chien plutôt qu’une paire de mâles à cause de la jalousie qui pouvait surgir à tout moment et amener les chiens à se bagarrer.

    Crealock a écrit que les deerhounds, malgré toute l’ardeur et la ténacité qu’ils déploient, restent des chiens délicats, sensibles au froid et à l’humidité. Il conseille de les faire dormir dans des locaux à bonne température, lumineux et secs. Le sol ne doit pas être de la terre battue gorgée d’humidité. Après une dure journée à courir le cerf, il faudrait leur prodiguer des soins adéquats, à savoir un bon coup d’étrille, un repas nourrissant chaud, leur aménager une confortable couche chaude et si possible leur permettre de se sécher devant un feu ouvert afin qu’ils ne soient pas trop ankylosés, endoloris et bons à rien pour la chasse du lendemain.

     

    CURLY

    Dans son livre « Deerstalking in the Scottish Highlands » Crealock consacre beaucoup de pages à certaines chasses spécifiques ainsi qu’aux domaines où se déroulaient ces chasses, aux gillies et aux deerhounds. Il déclare que le meilleur « homme à chien » qu’il ait vu fut sans conteste le beau John Mac Donald de Balmacaan connu sous le petit nom de « Curly”. Ce monsieur entraînait les magnifiques deerhounds de Lord Seafield sur des territoires qui leur convenaient à merveille. Un autre grand entraîneur fut Alan MacLaren de Achnacarry, Messieurs Henderson, Chisholm et les hommes de Glenfishie étaient tous aussi de première stature.

     

    Les deerhounds de Lochiel,

    Lorsque Crealock se rendit à Achnacarry pour la première fois c’était vers 1865 ; là, il découvrit les deerhounds de Lochiel, le chef des Camérons. Il trouva ces chiens absolument superbes surtout « PIRATE », le plus beau de tous ainsi que son frère de portée nommé « TOROM ». Or, il semble que Torom était trop grand pour travailler sur les fortes pentes et les mauvais terrains et fut vendu très cher en Angleterre où il remporta beaucoup de prix.

    En revanche, PIRATE, lui, convenait parfaitement à la poursuite du cerf. Il était puissant et vif, portait une robe gris bringé foncé bien fournie en poils ayant la texture du fil de fer. Il pouvait terrasser un cerf à lui tout seul ; Henry l’a même vu une fois attraper un cerf blessé par une patte avant, le faire tomber et lui briser l’énorme mâchoire. Il saillit une chienne appartenant à Lord Seafield et sa progéniture fut presque aussi célèbre que lui-même.

    FERACHA et HECTOR, les deux meilleurs chiens de la portée posèrent pour Crealock et leurs portraits décoraient les murs de la salle à manger à Balmacaan. PIRATE n’eut pas un destin heureux : un jour qu’il suivait John Macdonald dans la prairie, il se blessa profondément sur une faux restée ouverte dans l’herbe et ne se rétablit jamais suffisamment pour continuer à courir le cerf.

    Selon l’auteur, Lochiel avait l’une des meilleures meutes de deerhounds d’Écosse mais vers 1890 bien que sa lignée fût encore là, le nombre de chiens avait diminué à cause des ravages de la maladie de Carré et pour diverses autres raisons.

     

    Les deerhounds à Balmacaan

    Henry trouvait que les deerhounds à Balmacaan étaient d’une beauté exceptionnelle et que le pays aux alentours correspondait bien à leur utilisation. Lord Seafield aimait à chasser avec eux et en prenait grand soin. Un de ses chiens les plus prisés, nommé FINGAL, n’avait pas beaucoup de taille mais était remarquablement intelligent et vif. Il en avait deux autres connus sous le nom de GLEN 1 et GLEN 2, ils avoisinaient la classe de FINGAL et un autre très gros appelé THOR. Il y avait aussi à Balmacaan, Peogh Glen Feshie et Divoch, deux fameux lurchers croisés de colley et de deerhound ; tous les deux étaient jaunes avec un poil un tantinet plus court que celui d’un deerhound. Ils étaient très rapides, courageux et bons pisteurs.

    Crealock mentionnait qu’à Glen Feshie, du temps de feu M. Horsman M. P, il y avait également de très bons deerhounds. M. Horsman était un homme de la vieille école et avait une connaissance totale de la pratique de ce sport.

    L’auteur parle ensuite d’une lignée bien connue de deerhounds : celle de Lord Henry Bentick qui était lui-même un chasseur hors pair. Un autre chasseur passionné, le comte de Zetland eut la chance de posséder un des derniers représentants de la lignée Bentick.

    Il y eut aussi de beaux et bons spécimens chez Sir Dudley Marjorybank, futur Lord Tweedmouth à Guisachan.

    Crealock apprit que ces chiens faisaient exception à la règle car ils chassaient non seulement à vue mais étaient aussi des chiens de sang, capables de tracer un cerf blessé.

    À les voir, on les aurait pris pour des deerhounds de pure souche mais, leur ambivalence dans la façon de chasser donnait à penser que par le passé, il y avait eu des croisements avec d’autres races.


    Des croisés Deerhound/collie

    Henry avait côtoyé un certain nombre de croisés Deerhound/collie et invariablement c’est le côté deerhound qui prédominait avec une nuance toutefois, la couleur du poil tirant vers le jaune. Ces spécimens issus de croisements ressemblaient à une lignée fameuse qui avait existé chez les Grants de Invermoriston, une branche des Grant de Balmacaan.

    À Invermoriston Lodge, Crealock découvrit une peinture représentant ces chiens : ils étaient très grands, très hirsutes, extrêmement puissants et de couleur jaune.

    Les Grants les tenaient en grande estime ; un des deerhounds issu de cette lignée était la propriété de Lady Amory et selon Crealock, un des plus beaux chiens qu’il lui ait été donné de voir.

     

    Pendant plus de vingt ans, Henry Hope Crealock s’est appliqué à décrire par le menu les chasses auxquelles il avait participé ; il les illustrait d’esquisses et de dessins pris sur le vif avec la ferme intention de les publier dans un grand volume. Malheureusement il est mort en 1891 avant d’avoir terminé le livre. Heureusement pour nous, son frère, le Major John North Crealock entreprit l’ordonnance des textes et des dessins et publia le livre « Deer Stalking in the Highlands of Scotland » un an après la mort de son frère.

    Si vous avez la chance de parcourir ce volume, vous tomberez sur des récits de chasse très détaillés et quelques-unes des plus belles illustrations sur la chasse au cerf à pied.

     

    Sandy Mac Allister

     

    Le livre dans sa version originale

    https://books.google.fr/books?id=TudLAAAAMAAJ&dq=deerhound&hl=fr&pg=PR3#v=onepage&q=deerhound&f=true

     

     

     

  • Lodge Park

     

    article extrait de Presse de Deers, n° 7 - 2006

     

    Les Deerhounds anglais ont
    découvert la PVL*
    et s’amusent bien à LODGE PARK depuis trois années consécutives. Mais au fait, c’est quoi, Lodge Park ?

     

    Lodge Park Hunting Lodge fut édifié en 1630 selon les vœux d’un propriétaire terrien fortuné John “Crump” Dutton qui avait la passion du jeu, de la chasse et de la fête.
    Le Lodge fait partie du domaine de Sherbourne, environ 2000 hectares. Le bâtiment, n’a pas été conçu pour y vivre mais plutôt comme un rendez-vous de chasse de haut standing afin d’accueillir des convives autour d’un banquet et leur offrir le spectacle de la chasse au cerf… Son architecture s’inspire des réalisations de Inigo Jones, très en vogue à l’époque, en Grande Bretagne.

    Ainsi, depuis la terrasse du toit et le balcon de la façade principale de l’édifice, l’on avait une vue imprenable sur le déroulement des activités. Un mur de plus d’un kilomètre entoure l’édifice, son parc et son bois situé sur la hauteur. C’est de là que des cavaliers avec des chiens rabattaient le cerf et le faisaient descendre jusqu’à la grande maison où, ô raffinement suprême, sous les yeux des parieurs, avait lieu la prise du cerf grâce à un ingénieux système de deux fossés (un petit et un grand).

     

    Le pari du souffle, pari du sang

    Il existait deux sortes de paris : Le pari du “souffle”, c’était le petit pari, il vous en coûtait une demi-couronne par chien et l’on considérait que le premier chien à franchir le petit fossé à la suite du cerf, était le gagnant. Pour les paris sur le deuxième fossé, le pari du “sang” qui coûtaient la somme astronomique de 20 livres, il y avait capture et mise à mort et bien souvent, afin de ne pas mettre en danger la vie de ces chiens de grande valeur, c’est un coup de fusil, une flèche ou un trait d’arbalète, lancé depuis l’édifice qui avait raison du cerf. Les chiens utilisés étaient de type lévrier mais beaucoup plus endurants que les greyhounds actuels car ils devaient poursuivre le cerf sur une distance de plus d’un kilomètre. Vers les années 1634, le Lodge était déjà en pleine activité et continua de fonctionner pendant près d’un siècle ; puis ce fut le déclin avec l’arrivée de deux nouveaux sports, le racing et la chasse au renard.

     

    Une démonstration en costume d’époque

    En 1984, Lodge Park passa aux mains du National Trust, organisme privé qui s’occupe de la sauvegarde du patrimoine historique dans les Îles britanniques.

    Le bâtiment fut restauré et pour rappeler sa grandeur passée, le National Trust demanda au Deerhound Club de venir faire une démonstration de poursuite à vue sur leurre… en costume d’époque, s’il vous plaît.

    C’est ainsi que par une matinée ensoleillée d’octobre de l’année 2003, les spectateurs prévenus pour l’occasion, virent défiler devant leurs yeux ébahis, une cohorte de grands chiens hirsutes tenus en laisse par des gens d’un autre âge portant pourpoint et perruque. Des marquises aux chapeaux emplumés, escortées de leur page, suivies de leurs servantes portant bambins en dentelles exhibaient fièrement leurs grands lévriers gris tandis que des voleurs de tout poil, des rufians en quête d’aventure et même un bourreau cagoulé attendaient le moment pour agir c’est–à- dire pour lâcher les chiens.

     

    Plus de 800 personnes

    La PVL eut un grand succès, tous les chiens présents s’y essayèrent avec plus ou moins de bonheur : certains nouveaux venus n’ont pas compris ce qu’on leur demandait, d’autres ont trouvé périlleux de partir si loin de leur maître et rebroussèrent chemin mais dans l’ensemble les courses se sont bien déroulées, à un rythme rapide pour la plus grande joie des spectateurs. Il faut dire que chaque course était commentée au micro maintenant ainsi en éveil l’intérêt de l’assistance.

    Autre raffinement du jour, le déjeuner dans le grand Lodge en musique jouée par un orchestre local et danse en attendant la reprise des courses de l’après-midi.

    Quatre chiennes se sont retrouvées finalistes dont une appartenant à notre adhérente suisse Katrin Kuhne qui a eu le courage de faire la longue route avec ses deerhounds, bravo à elle !

    Le National Trust avait des raisons d’être content lui aussi, la manifestation ayant fait quelques 800 entrées.

    En 2005, cette manifestation, retransmise à la télé, a rassemblé plus de 1000 spectateurs !

     

    • M.E.V.

    (sources : Newsletter du Deerhound Club anglais).

     

  • La Chasse au Cerf en Écosse en 1844

    Article extrait de Presse de Deers n°36/37 - 2015

    Publication du Chambers Journal, 19 août 1905

    relatée par Christopher North - soumis par Miss J P Wilson

     

    Récemment en fouillant dans de vieux papiers, je suis tombée sur une lettre datée de 1844 ; je vous en propose de larges extraits qui ne manquent pas d’intérêt.

     

     

    « Le vendredi 8 août à trois heures de l’après-midi, je quittais Edimbourg pour me rendre à Greenock par le train en compagnie de Messieurs Archibald McNeill, Ludovic Colquhoun, un domestique et huit deerhounds. Le Lord Advocate McNeill (Lord Colonsay), retenu par une cause importante, n’a pas pu prendre le départ avec nous mais accepta de nous rejoindre à Greenock par le train spécial de nuit.

    À cinq heures, nous étions arrivés à Glasgow ; à notre grande consternation, il nous manquait deux deerhounds. Il s’agissait de deux frères de vingt-trois mois sur lesquels on fondait de grands espoirs. Pour l’un d’entre eux, le Lord Avocat avait même refusé une énorme somme de quatre-vingts guinées quelques jours auparavant. Les employés du chemin de fer maintenaient que six chiens seulement étaient montés dans le train ; or nous avions bel et bien payé pour huit et les avons vus être enfermés dans un endroit qui semblait garantir leur sécurité. Il était donc évident que les deux chiens, soit avaient sauté, soit s’étaient fait voler.

    Après concertation, il fut décidé que M. Colquhoun et moi resterions à Glasgow avec les six chiens et que MA McNeill retournerait à Edimbourg par le train de six heures pour essayer de retrouver les deux autres.

     

    À huit heures du soir, les deux chiens sont arrivés à Glasgow par le train d’Edimbourg. Ils avaient tous les deux sauté du train, l’un près du village de Costorphine, l’autre près de Gogar. Ils étaient tombés entre de bonnes mains qui nous les ont empaquetés et renvoyés par le premier train de sorte que M. Archibald McNeill et eux se sont croisés sur la route.

    En arrivant à Edimbourg, M. McNeill apprit que les deux chiens avaient été retrouvés ; son frère et lui nous ont rejoints à Glasgow un peu après minuit où nous avons dîné, soupé ou pris notre petit-déjeuner appelez ça comme vous voudrez puis chacun s’est retiré pour prendre quelques heures de repos.

    À cinq heures du matin nous embarquions sur un vapeur à destination de Lochgilphead ; nous y avons loué une voiture et une carriole pour nous conduire pendant une vingtaine de kilomètres jusqu’à cette partie continentale de l’Argyllshire située juste en face de l’île de Jura. Là un bateau des McNeill nous attendait et vers huit heures du soir nous étions confortablement attablés à Jura pour le dîner.

    Nous avons mis vingt-neuf heures pour arriver à Jura depuis Edimbourg ; presque la moitié du temps s’étant écoulé à Glasgow. Mon premier voyage vers les îles Hébrides m’avait pris presque dix jours, c’était en 1811.

    Nous avons occupé le dimanche à lire dans la maison, l’église se trouvant aussi éloignée de nous que Penny Bridge ; mais, le lundi s’est passé à entraîner les chiens, les encourageant à plonger dans l’eau et à se chasser l’un l’autre. Ils étaient tous très en forme.

     

    Et maintenant, permettez-moi d’écrire pour la postérité le nom de ces fameux chiens qui nous accompagnaient : Torm, Ossian, Oran. Runa (qui étaient frère et sœur), ils avaient vingt-trois mois ; Borb, quatre ans ; le Vieux Busker, six ans ; Bran, deux ans ; le Jeune Busker, seize mois ; Garig et Farig, les deux frères, quinze mois.

    Les derniers venaient de Colonsay, on nous les avait envoyés. Runa, était considérée comme ayant une grande valeur car elle était la seule femelle de sa race, exception faite de ses deux chiots ; par conséquent, nous avons préféré ne pas la mettre en danger en l’amenant sur le terrain et optâmes de lâcher sur le cerf, un chien adulte et deux jeunes ; en même temps nous gardions en réserve un autre vieux chien et deux jeunes au cas où le besoin s’en serait fait sentir.

    Mardi par temps humide et brumeux, le Lord Advocate, son frère et moi sommes sortis. Vers midi la pluie avait cessé, les nappes de brume s’étaient déplacées vers les sommets des montagnes ; en scrutant l’horizon avec de longues-vues, nous aperçûmes un cerf à plus d’un kilomètre.

    Je l’ai tout de suite reconnu, comme si c’était un vieil ami et en tant que tel, j’ai le devoir de dire quelques mots à son sujet mais pour cela, il me faut revenir un peu en arrière dans le temps.

    Au mois d’août de 1842, ce cerf avait été poursuivi par deux tout bons chiens de trois et quatre ans. Le premier de ces chiens l’a immédiatement rattrapé mais il fut si malmené qu’il boite à vie et ne sert plus à rien. L’autre, du nom de Oscar s’attaqua ensuite au cerf et malheur lui en coûta. Le cerf le laissa raide mort après la première encornade, l’une des pointes de ses cors lui ayant traversé le cœur. On l’enterra sur place.

    Le mois d’août suivant (1843), le même cerf fut couru mais les chiens ne réussirent pas à l’approcher suffisamment ; l’animal s’était frayé un chemin dans les hautes fougères et des escarpements rocheux qu’il maîtrisait à merveille mais que les chiens ne pouvaient pas franchir. Dix jours plus tard, anxieux de venger la mort du pauvre Oscar je suis parti à sa poursuite, muni d’un fusil. Après l’avoir poursuivi toute une journée, j’ai pu l’approcher comme je voulais et je l’ai raté avec les deux canons ! Hélas, des obligations ont fait que j’ai dû quitter l’île le lendemain matin.

    Vous pouvez aisément croire que lorsque je l’ai revu le 13 août 1844, j’avais très envie de lui régler son compte. Nous avons divisé nos forces en deux. Archy McNeill avec Borb, deux jeunes chiens et deux hommes grimpèrent vers le cerf tandis que le Lord Advocate et moi, avec le Vieux Busker (le propre frère du décédé Oscar) et deux jeunes chiens nous sommes postés en embuscade entre le cerf et la rivière qui traverse la vallée profonde. Archy fit son approche avec beaucoup d’habileté et lâcha les deux chiens à environ deux cents mètres mais dès qu’il les eut lâchés, dix à douze cerfs se levèrent de sous un tas de hautes fougères au milieu desquelles ils se reposaient à l’abri des regards attirant l’attention des jeunes chiens. Le cerf se mit à grimper la colline suivi seulement par Borb qui bientôt le rattrapa mais le cerf se secoua et le fit lâcher prise puis changea de direction et se

    mit à descendre la pente.

    Cependant, même pendant la descente (et c’est là qu’un cerf est plus rapide) le chien le rattrapa. Le cerf s’arrêta et lui fit face mais le chien n’arrivait pas à passer sous ses bois pour le saisir à la gorge.

    Cet état de choses se prolongea jusqu’à ce que M. A McNeill commençât à se rapprocher ; il était à une cinquantaine de mètres de la scène lorsque le cerf plongea dans un ravin profond suivi du chien. À ce moment-là, le Lord Advocate et moi avons lâché nos chiens mais, nous l’avions à peine fait que le cerf et le chien émergeaient du ravin où sans doute aucun, ils avaient livré bataille et ils revenaient droit sur nous.

    Busker et un des jeunes chiens ont couru vers Borb mais pas l’autre jeune. Ils descendaient la pente de notre côté, le cerf talonné par Borb à sa gauche ; et à la gauche de Borb, pas loin derrière, le jeune Garig courait sans savoir derrière quoi il courait ; cinquante mètres derrière, le Vieux Busker faisait de son mieux pour les rattraper mais il n’y arrivait pas, le temps et une vie de dur labeur avaient sacrément diminué sa capacité à galoper. Ils sont passés entre l’Advocate et moi, si près que j’aurais pu briser les pattes avant du cerf avec la grosse canne que j’avais dans la main.

    Le cerf était un peu fatigué, les chiens frais, beaucoup plus rapides que le cerf, attendant la bonne opportunité pour se jeter sur lui.

    Celle-ci se présenta juste au moment où le cerf sautait dans la rivière ; le chien, avançant à une vitesse prodigieuse le saisit par le jarret et les deux firent la culbute dans le ruisseau, le cerf se recevant un peu plus bas. La lutte commença, le chien fut écarté d’un coup de pied, le cerf revint sur la terre ferme et se mit à descendre en courant la berge sur une longueur de trente mètres lorsque le chien le percuta et tous les deux furent précipités dans la rivière à un endroit où l’eau trop profonde mettait le chien à mal bien qu’il continuât de se battre avec courage. À cet instant critique, le Vieux Busker arriva, se jeta sur le cerf et lui régla son compte.

    En l’examinant, on trouva que l’une de mes balles lui avait transpercé l’oreille et que l’autre lui avait cassé trois côtes ; donc, je ne l’avais pas entièrement raté, après tout.

    Après cette chasse qui nous avait été favorable, on se rendit compte qu’il nous manquait le jeune Torm, celui pour lequel le Lord Advocate avait refusé quatre-vingts guinées et nous nous sommes mis à sa recherche. On n’a pas mis beaucoup de temps à le trouver ; il gisait, pas mal amoché sur la berge du torrent à côté d’un cerf mort. Il l’avait tué sans l’aide de quiconque, chien ou homme. Le Lord Advocate qui n’est pas connu pour tenir de longs discours hors du tribunal me dit brièvement : « Si ce chien valait quatre-vingts guinées la semaine dernière, combien peut-il valoir maintenant ? »

    Ce fut la fin de notre première journée de sport car les chiens étaient fatigués ou blessés pour certains et il leur fallait du repos.

     

    Nous quittâmes Jura le jeudi 15 août ; les McNeill sont allés voir leur père à Colonsay, moi je suis parti pour Castleton près de Lochgilp rendre visite à Sir John McNeill qui n’avait pas pu être des nôtres et avons laissé M. Colquhoun profiter du bon air de Jura.

    Sir John et moi avons passé quelques matinées tranquilles à chasser le tétras et (bien que je répugne à le dire), je trouve que j’arrive encore à tirer aussi bien que les autres.

    Après nous être promenés dans l’Argyllshire et passé trois jours sur l’île de Islay avec M. Malcolm McNeill (le frère du lord), nous nous sommes tous retrouvés à Jura ; cette fois, Sir J McNeill était des nôtres.

    Le mardi 27 août, eut lieu notre deuxième « chasse » ; nous avons trouvé deux cerfs, les avons bien poursuivis et tous les deux furent tués. Les cerfs prirent des chemins différents. L’un d’eux fut tué par le Jeune Busker et Bran mais je n’ai pas vu la course. J’ai suivi l’autre au cours de laquelle c’est Borb et Torm qui l’on tué.

     

    12 octobre 1844. Je commence là où je l’ai laissé hier. Le mercredi 28 août un cerf qui jadis avait été apprivoisé mais qui était redevenu sauvage et polisson, s’en est pris à la femme du garde-chasse et quelques heures après au cornemuseur de la famille, un affront qu’on ne pouvait laisser passer ; il fut donc décidé d’attraper l’animal et de lui scier les bois. Le lendemain, comme convenu, nous avons muselé quelques chiens et lui avons donné la chasse sauf que les chiens, gênés par la muselière qui les empêchait de respirer librement ne purent le rattraper. On dut se résoudre à l’abattre et j’ai demandé à être l’exécuteur.

    Après l’avoir cherché pendant un certain temps, je l’ai vu arriver vers moi, prêt à se battre. Quand il fut à un peu moins de cent mètres j’ai tiré en visant le milieu du cou. Il s’écroula sur place, mort apparemment ; j’ai tendu ma carabine à l’homme qui avait suivi avec trois jeunes chiens et tournai les talons en direction de la maison.

    L’homme s’approcha du cerf avec les chiens pour qu’ils s’habituent à le voir et les encouragea à mordre dans la chair de l’animal mort. Lorsque les chiens en ont eu assez, le cerf bêla deux ou trois fois, se leva, envoya quelques coups de pied aux chiens, se jeta dans la mer et se mit à nager en direction de la côte d’en face distante de près de dix kilomètres.

    Deux bateaux furent immédiatement lancés à sa poursuite, le rattrapèrent lorsqu’on le voyait à peine à l’œil nu, lui entourèrent les bois avec des cordes et le hissèrent à bord.

    Il n’était pas du tout fatigué et on aurait cru que personne ne lui avait tiré dessus. La pauvre bête me faisait de la peine mais il était si sauvage qu’il fallait absolument le détruire. La balle qui avait été déformée par le coup, avait frappé l’os du cou du côté gauche, traversé la partie haute de l’os jusqu’au côté droit du cou et s’était fichée dans le corps à une vingtaine de centimètres derrière l’épaule droite. Quelle drôle d’affaire.

    Le vendredi 30 eut lieu notre troisième « chasse ». Il était tard, au moins six heures du soir avant qu’on voie quelque chose. Puis nous avons découvert un beau spécimen de cerf mais il se trouvait si près de la cime de la colline que lorsque nous avons commencé la poursuite il gagna le sommet et se mit à la descendre vers la vallée d’en face avant qu’hommes ou chiens à l’exception de Borb, aient réussi à grimper sur la crête.

    Nous n’avons pas suivi grand-chose de cette poursuite ; mais il semblerait, à partir des traces de sang et des empreintes de pieds, que Borb ait rattrapé sa proie dans le lit rocheux d’un torrent de montagne où ils l’ont descendu en se battant sur une longueur de trois cents mètres à travers pierres glissantes, rochers, cascades dans des conditions d’incroyables difficultés.

    Deux jeunes chiens semblent également avoir rejoint Borb et aidé à venir à bout du cerf. Les chiens étaient pas mal abîmés et c’est ainsi que nous avons terminé la saison de chasse.

     

    Le lendemain nous sommes tous partis à Castleton où nous sommes restés jusqu’au dimanche puis dès lundi avons pris le vapeur pour retourner à Edimbourg.

    La chasse à pied menée de cette façon, est je pense le meilleur sport que ce pays puisse offrir et le plus juste pour le gibier car même si nous avons tué chaque cerf poursuivi en évitant les biches et les faons, il est invraisemblable de jouir d’autant de chance à chaque fois.

    Un cerf a une bonne chance de s’en tirer face à quatre chiens quand il n’y a pas de fusil. Il est bien pourvu en armes offensives et défensives et son poids est égal à celui de quatre chiens.

     

    Les cerfs de Jura sont plus gros que ceux d’Atholl mais pas aussi gros que certains spécimens du Ross-shire ; cependant leur poids est considérable 140 kg sur pied. Borb et plusieurs autres chiens pesaient dans les 33 kg. chacun. Le plus gros de tous Torm pesait environ 37 kg de sorte que les quatre chiens les plus lourds pesaient environ 136 kg c’est-à-dire près de 4 kg de moins que le cerf et nous n’avons jamais été au-delà de ces poids.

    Comparez ceci avec la différence qui existe entre le poids de deux grey hounds et un lièvre ou celle d’une meute de foxhounds et un renard.

     

    CN

     

Scottish Deerhounds pour les bleus